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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407169

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407169

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407169
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024, M. B F, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa situation sous le bénéfice d'une autorisation provisoire de séjour;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen particulier de sa situation ; il méconnait les articles L. 422-1 et -2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'éloignement est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre ; elle méconnait l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la vérification de son droit au séjour n'a pas été examinée sur le fondement de l'article L.423-7 du même code ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête de Mme F ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme C et les observations de Me Huard, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F, ressortissant guinéen âgé de 27 ans, déclare être entré en France en octobre 2019. Sa demande d'asile a été rejetée définitivement par la Cour nationale du droit d'asile le 13 juin 2022. Par un arrêté du 14 septembre 2022, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Le 3 octobre 2023, M. F a demandé un titre de séjour étudiant. Par l'arrêté contesté du 30 juillet 2024, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

4. Pour refuser le titre de séjour étudiant sollicité, le préfet expose les circonstances qui fondent son appréciation sur l'absence du caractère sérieux des études de M. F. Toutefois, bien que les pièces justifiant de son concubinage et de la grossesse de sa compagne, ressortissante française, lui ont été communiquées par courriel du 13 avril 2024, la décision du préfet ne fait pas mention de ces éléments de la vie privée et familiale de M. F, qui étaient susceptibles d'être pris en compte par le préfet et qui étaient de nature à influer sur le sens de sa décision. Par suite, le préfet doit être regardé comme n'ayant pas pris en compte ces éléments de sa situation pour prendre sa décision. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens d'annulation, le requérant est fondé à soutenir que le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle.

5. Il résulte de ce qui précède que le refus de titre opposé à M. F doit être annulé ainsi, par voie de conséquence, que la décision d'éloignement prise à son encontre.

Sur les conclusion d'injonction :

6. Au regard du motif d'annulation du refus de titre de séjour et compte tenu de la naissance, postérieurement à l'arrêté en litige, de l'enfant de M. F, de nationalité française, le présent jugement implique nécessairement que le préfet réexamine sa situation, dans le délai d'un mois.

Sur les frais de procès :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Huard au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

DÉCIDE :

Article 1er :M. F est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé d'admettre M. F au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours est annulé.

Article 3 :Il est enjoint à la préfète de l'Isère de réexaminer la situation de M. F, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 :L'Etat versera à Me Huard une somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Me Huard et à la préfète de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme D E, première-conseillère,

- Mme Emilie Aubert, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

La rapporteure,

E. C

Le président,

M. GLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407169

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