mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407192 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET BASTILLE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2024, l'association One Voice, représentée par Me Gossement, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution des 60 décisions du 10 septembre 2024 par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs de Haute-Savoie a attribué des plans de chasse individuels au tétras-lyre pour la campagne 2024-2025, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 13 septembre 2024 du préfet de la Haute-Savoie fixant le prélèvement maximal autorisé de perdrix bartavelle et de lagopèdes alpins pour la campagne 2024-2025, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) de mettre à la charge de l'État et de la fédération départementale des chasseurs de Haute-Savoie une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
L'association soutient que :
L'urgence est caractérisée car les décisions litigieuses portent atteinte à la conservation du tétras-lyre, de la perdrix bartavelle et du lagopède alpin, espèces classées " quasi menacées " en France ; qu'elles ont des conséquences irréversibles alors que la période de chasse est déjà ouverte ; qu'elles remettent en cause les intérêts défendus par l'association sans qu'aucun intérêt général ne soit susceptible de les justifier ;
Les moyens de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité des décisions sont
- le défaut de base légale en l'absence d'un plan de chasse du tétras-lyre fixant les quotas maximaux autorisés pour la chasse de cette espèce ;
- le vice de procédure en l'absence de participation du public ;
- la méconnaissance de l'article R. 425-6 du code de l'environnement et de l'article 1er de l'arrêté du 11 février 2020 relatif à la mise en œuvre des plans de chasse individuels ;
- la méconnaissance de la directive 2009/147/CE du 30 novembre 2009 relative à la conservation des oiseaux sauvages et de leurs habitats, notamment les articles 2 et 7 et des articles L. 420-1 et L. 425-6 du code de l'environnement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que l'urgence n'est pas caractérisée et qu'aucun des moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 septembre et 1er octobre 2024, la fédération départementale des chasseurs de Haute-Savoie, représentée par Me Bonzy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association One Voice la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence de recours administratif préalable obligatoire ;
- la requête est irrecevable en ce que l'association ne démontre pas que le président de la fédération départementale des chasseurs a commis une erreur manifeste d'appréciation l'association ;
- l'urgence n'est pas caractérisée faute d'avoir contesté l'arrêté du 23 mai 2024, dès lors que cette chasse est très encadrée et brève, que ces espèces ne sont pas classées comme menacées par l'UICN, que les populations de tétras-lyres se maintiennent à moyen terme en Haute-Savoie ; qu'aucun des moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité des décisions.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 20 septembre 2024 sous le n°2407193 par laquelle Association One Voice demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la directive 2009/147/CE du parlement européen et du conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Grenet, représentant l'association One Voice, qui maintient les demandes et moyens développés et soutient en outre que le plan de chasse arrêté le 23 mai 2024 par le préfet n'est pas fondé sur le comptage estival, que les plans de chasse individuels n'en sont pas la déclinaison et que les décisions sont entachées d'incompétence ;
- les observations de Me Bonzy, représentant la fédération départementale des chasseurs de Haute-Savoie ;
- les observations de M. B, représentant le préfet de la Haute-Savoie.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 23 mai 2024, le préfet de la Haute-Savoie a fixé l'ouverture et la clôture de la chasse au tétras-lyre, à la perdrix bartavelle et au lagopède alpin du 15 septembre au 11 novembre 2024. Par un arrêté du 10 septembre 2024, le président de la fédération départementale des chasseurs de la Haute-Savoie a attribué 60 plans de chasse individuels permettant le prélèvement de 177 tétras-lyres. Par un arrêté du 13 septembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie a fixé le prélèvement maximal autorisé à 6 perdrix bartavelle et 3 lagopède alpin.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
Sur les conclusions en suspension des 60 plans de chasse individuels permettant le prélèvement de 177 tétras-lyres :
En ce qui concerne les fins de non-recevoir
3. En premier lieu, il résulte des articles L. 425-6 et L. 425-8 du code de l'environnement que le plan de chasse, arrêté par le préfet, prend en compte les orientations du schéma départemental de gestion cynégétique et fixe le nombre minimum et maximum d'animaux à prélever sur les territoires de chasse. L'article R. 425-3 du même code précise que lorsqu'une espèce de gibier est soumise à un plan de chasse dans un territoire, la chasse de cette espèce ne peut être pratiquée que par les bénéficiaires des plans de chasse individuels attribués aux demandeurs par le président de la fédération départementale.
4. Aux termes de l'article R. 425-9 du code de l'environnement : " Des demandes de révision des décisions individuelles peuvent être introduites auprès du président de la fédération départementale des chasseurs. Pour être recevables, ces demandes doivent être adressées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par un envoi recommandé électronique au sens de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification des décisions contestées ; elles doivent être motivées. Le silence gardé par le président de la fédération départementale des chasseurs dans un délai d'un mois vaut décision implicite de rejet. "
5. Les dispositions de l'article R. 425-9 du code de l'environnement instaurent un recours administratif préalable obligatoire pour les bénéficiaires des décisions individuelles qui en sont les destinataires. Cependant elles n'ont pas pour effet d'obliger une association de défense de l'environnement, qui entend les contester, à saisir le président de la fédération de chasse d'un recours préalable et motivé contre chacune de ces décisions, de plus fort en l'absence de plan de chasse arrêté par le préfet. La fin de non-recevoir doit être écartée.
6. En second lieu, la circonstance que l'association requérante ne se prévale pas de moyens propres à chacune des décisions individuelles est sans incidence sur la recevabilité de sa requête.
En ce qui concerne l'urgence
7. Le tétras-lyre figure à l'annexe I (espèces à conserver) et à l'annexe II (espèces chassables) de la directive 2009/147/CE. Cette espèce est classée sur la liste rouge des espèces menacées en France, établie par l'UICN, comme " quasi-menacée ", soit une " espèce proche du seuil des espèces menacées ou qui pourrait être menacée si des mesures de conservation spécifiques n'étaient pas prises ". L'UICN explique que la dégradation de ce classement reflète une réduction d'effectif " estimée à 25 % en 32 ans selon les données du rapportage de la Directive Oiseaux et à 15 % en 12 ans entre 2000 et 2015 selon les données de l'Observatoire des Galliformes de Montagne ".
8. Au vu de cet état de conservation, dès lors que la période de chasse est en cours et que la destruction est irréversible, l'exécution de l'arrêté en litige porte une atteinte grave et immédiate aux intérêts que l'association One Voice s'est donnée pour objectif de défendre.
9. Par suite, la condition d'urgence, prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est remplie.
En ce qui concerne le moyen de nature à créer un doute sérieux
10. En soulevant à l'encontre des décisions individuelles en litige le défaut de base légale et en relevant à l'audience que l'arrêté préfectoral du 23 mai 2024 valant plan de chasse n'a pas été édicté à l'issue du comptage estival et que les plans de chasse individuels sont entachés d'incompétence, l'association requérante doit être regardée comme se prévalant, par voie d'exception, de l'illégalité du plan de chasse ainsi arrêté par le préfet. En l'état, l'illégalité de cet acte règlementaire, qui ne fixe aucun maximum de prélèvement issu des indices de reproduction annuel de cette espèce " quasi-menacée ", mais se borne à rappeler les modes de calcul des prélèvements préconisés dans une note technique d'orientation sur la chasse aux galliformes de montagne réalisée en 2019 par l'office national de la chasse et de la faune sauvage, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions individuelles en litige.
11. En l'état de l'instruction, les autres moyens n'apparaissent pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.
Sur les conclusions en suspension de l'arrêté préfectoral du 13 septembre 2024 fixant le prélèvement maximal autorisé de perdrix bartavelle (6) et de lagopèdes alpins (3) :
En ce qui concerne l'urgence :
12. La perdrix bartavelle et le lagopède alpin figurent à l'annexe I (espèces à conserver) et à l'annexe II (espèces chassables) de la directive 2009/147/CE, ils sont classés comme espèces " quasi-menacées " sur la dernière liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine, caractérisant des espèces proches du seuil des espèces menacées ou qui pourraient être menacées si des mesures de conservation spécifiques n'étaient pas prises. A l'échelle régionale, le lagopède alpin est classé comme vulnérable sur la liste rouge des vertébrés terrestres d'Auvergne Rhône-Alpes.
13. Au vu de l'état de conservation de ces deux espèces, dès lors que la période de chasse est en cours et que la destruction est irréversible, l'exécution de l'arrêté en litige porte une atteinte grave et immédiate aux intérêts que l'association One Voice s'est donnée pour objectif de défendre.
14. Par suite, la condition d'urgence, prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
15. S'agissant de la perdrix bartavelle, le bilan de l'observatoire des galliformes de montagne (OGM) de 2024 relève, dans les deux régions bioclimatiques concernées, que l'effectif d'adultes échantillonnés est trop faible pour qualifier correctement le succès reproducteur à l'échelle du département comme de la région bioclimatique. Dans ces conditions et au vu de l'état de conservation de l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 2 et 7 de la directive 2009/147/CE est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.
16. S'agissant du lagopède alpin, aucun des moyens n'apparaît en l'état de l'instruction de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
17. En l'état de l'instruction, les autres moyens n'apparaissent pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
18. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de l'ensemble des décisions en litige doit être suspendue.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Partie perdante, la fédération départementale des chasseurs de Haute-Savoie ne peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu de condamner l'Etat à verser à l'association One Voice une somme de 1 000 euros au même titre. Il n'y a pas lieu de condamner la fédération des chasseurs au même titre.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 13 septembre 2024 du préfet de la Haute-Savoie est suspendue en tant seulement qu'il autorise le prélèvement de perdrix bartavelle.
Article 2 : L'exécution des 60 décisions du 10 septembre 2024 par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs de Haute-Savoie a attribué des plans de chasse individuels au tétras-lyre pour la campagne 2024-2025 est suspendue.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à l'association One Voice au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association One Voice, au préfet de la Haute-Savoie et à la fédération départementale des chasseurs de Haute-Savoie.
Fait à Grenoble, le 15 octobre 2024.
La juge des référés,La greffière,
A. AJ. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'écologie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026