Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407279

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantEKINCI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au Préfet de l'Isère de délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour à Mme B dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. La requérante, salariée en CDI, justifiait d'une situation d'urgence en raison du risque de licenciement lié à l'absence de justificatif de séjour valide, et l'administration n'avait pas contesté le dépôt d'un dossier complet. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 431-3 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui imposent la remise d'un récépissé lors d'une demande de renouvellement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Ekinci, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au Préfet de l'Isère de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et d'accélérer le traitement de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; elle est actuellement salariée au sein de la société Rexa dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée ; démunie de récépissé en cours de validité, elle se retrouve en situation de précarité administrative et encourt donc le licenciement puisqu'elle n'est plus en mesure de justifier de la régularité de sa situation administrative auprès de son employeur ; un éventuel licenciement justifié pour un tel motif risque de lui préjudicier financièrement ; l'absence de tout justificatif l'empêche de pouvoir se rendre librement dans son pays d'origine pour rendre visite et s'occuper temporairement de sa mère âgée de 79 ans ;

- la mesure est utile pour assurer les droits du requérant et mettre fin à la situation d'urgence ;

- la mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

3. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour () autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour () ". Et aux termes de l'article R. 431-12 de ce code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".

4. Il résulte de l'instruction, d'une part, que Mme A B a présenté, le 17 mars 2024, une demande de renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale " qui a expiré le 23 avril 2024, de telle sorte que la mesure qu'elle sollicite présente un caractère urgent. Par ailleurs, il n'est pas contesté par le préfet de l'Isère, qui n'a pas produit de mémoire en défense, que Mme B a déposé un dossier complet de renouvellement de titre de séjour sur la plateforme ANEF le 20 juin 2024, en y joignant notamment le titre de séjour de son conjoint exigé par la préfecture le 22 avril 2024 à l'occasion de sa demande initiale du 17 mars 2024 et alors que cette autorité avait, le 11 avril 2024, informé l'intéressée de la prolongation de l'instruction de son dossier, message auquel il avait joint une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 10 juillet 2024. Contrairement à ce que prévoit la réglementation l'administration n'a pas mis l'intéressée en possession d'une attestation de prolongation d'instruction postérieurement au 10 juillet 2024. Mme B, actuellement salariée au sein de la société Rexa dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, s'est vue notifier, par son employeur le 23 septembre 2024, une mise en demeure de justifier sous quinzaine de la régularité de son séjour, à défaut, elle serait licenciée. Dans ces circonstances, la délivrance d'un document provisoire permettant à la requérante de justifier de la régularité de son séjour présente un caractère d'urgence et d'utilité et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer à Mme B un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de quinze jours, à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1: Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme B dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 900 euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 7 octobre 2024.

Le juge des référés,

C. VIAL-PAILLER

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.