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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407311

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407311

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, Mme D A épouse C, représentée par Me Huard, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère née le 6 juin 2024 lui refusant un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour " parent d'un enfant étranger malade " dans un délai d'un mois, et dans l'attente, un récépissé, l'autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la décision méconnaît les articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a produit aucun écrit en défense.

Vu :

- la décision du président du tribunal désignant M. B, magistrat honoraire, comme juge des référés ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2407312 ;

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 10 octobre 2024 à 14 heures au cours de laquelle a été entendue Me Miran, substituant Me Huard, pour Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence s'attachant aux procédures de référé, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension d'exécution :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. Le 6 février 2024, Mme A a déposé en préfecture de l'Isère un dossier afin d'être autorisée au séjour en qualité de mère d'enfant malade. Elle sollicite la suspension de l'exécution de la décision implicite née du silence gardé pendant quatre mois sur cette demande.

4. En l'état de l'instruction, tous les moyens de la requête analysés ci-dessus sont propres à créer un doute sérieux quant au refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de mère d'enfant malade.

5. Dans l'hypothèse d'un refus d'une première demande de titre de séjour, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. En l'espèce, en faisant valoir qu'elle se trouve en situation irrégulière alors qu'elle est mère isolée de deux jeunes enfants, dont l'un est très gravement malade, Mme A justifie de circonstances particulières de nature à caractériser l'urgence.

6. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.

Sur la demande d'injonction :

7. La présente décision implique nécessairement que le préfet de l'Isère mette en possession Mme A d'une autorisation provisoire de séjour " parent d'un enfant étranger malade ". Il y a lieu de lui fixer un délai d'exécution de huit jours à compter de la notification de la présente décision. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Me Huard une somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

O R D O N N E

Article 1er :Mme A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'exécution de la décision implicite refusant d'accorder une autorisation provisoire de séjour à Mme A est suspendue.

Article 3 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour " parent d'un enfant étranger malade " dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente décision.

Article 4 :L'Etat versera une somme de 600 euros à Me Huard au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A épouse C, à Me Huard et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 10 octobre 2024.

Le juge des référés,

C. B

La greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407311

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