Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407315

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407315
TypeOrdonnance
RecoursExécution d'un jugement
PublicationD
Avocat requérantBARRILE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a été saisi d'une demande de liquidation d'astreinte par Mme A, à la suite de l'inexécution partielle d'une ordonnance du 7 août 2024 enjoignant au préfet de l'Isère de lui délivrer un rendez-vous sous 48 heures pour renouveler son récépissé de titre de séjour. Le préfet a fixé un rendez-vous le 3 septembre 2024, soit après l'expiration du délai imparti, ce qui a fait courir l'astreinte. Le juge des référés a liquidé l'astreinte à 800 euros, en modérant son montant compte tenu des circonstances et des diligences accomplies, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative. La demande de frais irrépétibles a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2405981 du 7 août 2024, le juge des référés du présent tribunal a enjoint au préfet de l'Isère de donner un rendez-vous à Mme A pour renouveler son récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification de cette ordonnance, sous astreinte journalière de 150 euros.

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, Mme C A, représentée par Me Barrile, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) que l'astreinte soit liquidée à la somme de 6 500 euros ;

3°) que la somme de 1 200 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Mme A soutient qu'en exécution de l'ordonnance du 7 août 2024, elle n'a été reçue en préfecture pour se voir délivrer un récépissé que le 18 septembre 2024, soit hors des délais prescrits par l'ordonnance ; son contrat a été suspendu et sa demande de logement social n'a pu être examinée début septembre 2024 en commission pour l'attribution d'un nouveau logement ; la CAF lui a également réclamé un indu car elle n'était pas en mesure de fournir un titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au non-lieu à statuer, dans la mesure où l'ordonnance du 7 août 2024 a été exécutée.

Vu :

-l'ordonnance n°2405981 du 7 août 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Frapolli, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le juge des référés a, au cours de l'audience publique du 9 octobre 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Barrile, pour Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ; L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. " ; en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. Aux termes de l'article L. 911-7 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée./ () Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée. ".

3. L'ordonnance susvisée du 7 août 2024 a été notifiée au préfet de l'Isère le 8 août 2024, qui a justifié avoir communiqué à l'intéressée, le 3 septembre 2024, une date de rendez-vous en préfecture fixée au 18 septembre 2024, au cours duquel son récépissé a été renouvelé jusqu'au 17 décembre 2024. Toutefois, le délai de 48 h qui lui avait été imparti pour fixer une date de rendez-vous avait expiré le 12 août 2024 et, ainsi, l'astreinte prononcée par ce jugement a commencé à courir à cette date et ce jusqu'au 3 septembre 2024. Eu égard aux circonstances de l'espèce et notamment aux diligences accomplies, il y a néanmoins lieu de modérer le montant de l'astreinte et de la liquider pour un montant de 800 euros au bénéfice de Mme A.

4. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme A présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: L'Etat est condamné à verser la somme de 800 euros à Mme A au titre de la liquidation définitive de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2405981 du 7 août 2024.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, à Me Barrile et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère et au ministère public près la Cour des comptes en application de l'article R. 921-7 du code de justice administrative.

Fait à Grenoble, le 9 octobre 2024,

Le juge des référés,

I. FRAPOLLI

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.