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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407357

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407357

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Huard, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du 10 septembre 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler dans les quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

o elle méconnaît l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

* les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2407358, enregistrée le 26 septembre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 7 octobre 2024 à 10 heures.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, juge des référés ;

- et les observations de Me Huard, représentant M. A.

A l'audience, le requérant a demandé qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de lui délivrer à titre provisoire un titre de séjour étudiant, le délai d'instruction de sa demande étant échu et ayant fait naître une décision implicite de rejet de celle-ci.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né en 1995, expose qu'il est entré en France en septembre 2022 pour y poursuivre des études. Le dernier titre de séjour, d'une validité d'un an, qui lui a été délivré, en qualité d'étudiant, expirant le 10 septembre 2024, M. A en a demandé le renouvellement le 7 juillet 2024. Il a obtenu confirmation du dépôt de sa demande, mais aucun document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour en France le temps de l'examen de sa demande de renouvellement ne lui a été délivré. Il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision implicite, née le jour de l'expiration de son titre de séjour, par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande renouvellement de son titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. La condition d'urgence qui justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif est remplie lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

5. M. A a déposé sa demande de renouvellement de son titre de séjour dans les délais requis et aucune pièce du dossier ne permet d'établir qu'il dispose à la date de la présente ordonnance d'un document lui permettant de justifier de son droit au séjour et au travail sur le territoire français.

6. Le préfet de l'Isère, qui n'a produit aucun mémoire en défense ni ne s'est présenté à l'audience, ne fait valoir aucun élément de nature à renverser la présomption d'urgence qui concerne la situation de M. A. Dès lors, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est en l'espèce remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise "

8. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de prolongation de l'instruction de la demande de renouvellement de son titre de séjour par un étranger, dans les délais requis, il incombe à l'autorité administrative de mettre à la disposition de celui-ci, dès l'expiration de la validité du titre de séjour, via le téléservice de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande, sauf à lui opposer explicitement un refus de renouvellement de ce titre de séjour.

9. Ainsi qu'il vient d'être dit, M. A a déposé sa demande renouvellement de son titre de séjour dans les délais requis. Il n'est pas contesté que ce dossier était complet, ni qu'un quelconque document permettant à M. A de se maintenir régulièrement lui a été délivré. Dans ces circonstances, les moyens tirés de la méconnaissance l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.

10. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère du 10 septembre 2024 refusant de délivrer à M. A une attestation de prolongation d'instruction jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

12. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

13. A l'audience, M. A a demandé qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de lui délivrer à titre provisoire un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il n'a toutefois pas demandé dans sa requête la suspension de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet sur sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Il n'en a d'ailleurs pas non plus demandé l'annulation, condition nécessaire à la recevabilité de conclusions à fin de suspension. La seule suspension, par la présente ordonnance, de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction n'implique pas, dès lors, que ce dernier lui délivre, à titre provisoire un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Les conclusions à fin d'injonction de M. A en ce sens doivent ainsi être rejetées.

14. Compte tenu, toutefois, du motif de suspension retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer à M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une attestation de prolongation d'instruction à titre provisoire l'autorisant à travailler valable pour une durée de trois mois, ou jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond n°2407358 ou jusqu'à la fin de l'instruction de la demande de renouvellement de son titre de séjour, si l'une ou l'autre de ces décisions intervenait avant l'expiration du délai de trois mois.

15. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

16. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Huard, avocat de M. A, en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'exécution de la décision implicite du 10 septembre 2024 du préfet de l'Isère est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une attestation de prolongation d'instruction à titre provisoire l'autorisant à travailler valable pour une durée de trois mois, ou jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond n°2407358 ou jusqu'à la fin de l'instruction de la demande de renouvellement de son titre de séjour, si l'une ou l'autre de ces décisions intervenait avant l'expiration du délai de trois mois

Article 4 :L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Huard en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A, au ministre de l'intérieur et à Me Huard.

Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère

Fait à Grenoble, le 8 octobre 2024.

Le juge des référés,

P. Thierry

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24073572

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