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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407393

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407393

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407393
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP CDMF - AVOCATS AFFAIRES PUBLIQUES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative, a rejeté la requête de la SAS Eurovia Alpes. Celle-ci contestait la procédure de passation d'accords-cadres pour des travaux de rénovation de chaussées lancée par Grenoble Alpes métropole, en invoquant une motivation insuffisante du rejet de ses offres et une irrégularité de la méthode de notation du critère prix. Le juge a estimé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, considérant que les obligations d'information prévues par le code de la commande publique avaient été respectées. En conséquence, la demande d'annulation de la procédure a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 septembre et 11 octobre 2024, la SAS Eurovia Alpes, représentée par Me Hourcabie, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative :

1°) d'annuler la procédure de passation initiée par Grenoble Alpes métropole en vue de la conclusion d'accords-cadres à bons de commande pour des travaux de rénovation des chaussées métropolitaines (lots 1 à 5) ;

2°) d'annuler la décision par laquelle Grenoble Alpes métropole a rejeté les offres remises par la SAS Eurovia Alpes ;

3°) de mettre à la charge de Grenoble Alpes métropole la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La SAS Eurovia Alpes soutient que :

- la décision portant rejet de ses offres, qui se borne à mentionner les notes obtenues par les soumissionnaires en lice, est insuffisamment motivée et ne comporte pas de précision s'agissant de la commande-type utilisée pour noter les offres au regard du critère financier, ce qui la prive d'un droit au recours effectif ;

- la méthode de notation du critère prix est irrégulière en ce qu'elle ne correspond pas aux conditions prévisibles d'exécution des accords-cadres.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, Grenoble Alpes métropole, représentée par Me Senegas, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Grenoble Alpes métropole fait valoir qu'il a répondu le 4 octobre 2024 à la demande présentée par la société Eurovia sur le fondement des articles R.2181-3 et R.2181-4 du code de la commande publique et que le moyen soulevé n'est pas fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le groupement Guintoli/NGE routes, pris en la personne de son mandataire la société Guintoli, représenté par Me Tissot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Le groupement Guintoli/NGE routes fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que, par son seul moyen relatif à l'information des motifs de son éviction, la société requérante ne dénonce aucun manquement susceptible d'emporter l'annulation de la procédure ;

- l'information apportée à la société requérante sur le fondement des articles L.2181-1, R.2181-1, R.2181-3 et R.2181-4 du code de la commande publique est suffisante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, la société Colas France, représentée par Me Henochsberg, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La société Colas France fait valoir que :

- l'information apportée à la société requérante sur le fondement des articles L.2181-1, R.2181-1, R.2181-3 et R.2181-4 du code de la commande publique est suffisante ;

- à titre subsidiaire, un manquement aux obligations d'information du soumissionnaire évincé implique uniquement que le juge des référés suspende la procédure et enjoigne à l'acheteur public de communiquer les informations manquantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Triolet, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme Triolet a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Hourcabie , représentant la SAS Eurovia Alpes

- les observations de Me Sechaud, représentant Grenoble Alpes métropole,

- les observations de Me Tissot, représentant le groupement Guintoli/NGE,

- et les observations de Me Du Besset, représentant la société Colas France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis d'appel public à la concurrence publié le 22 mai 2024, Grenoble Alpes métropole a lancé une procédure d'appel d'offres ouvert en vue de la conclusion d'accords-cadres à bons de commande ayant pour objet la réalisation de travaux de gros entretien et de renouvellement des chaussées situées sur le territoire métropolitain. Le marché était divisé en cinq lots géographiques. Par un courrier du 20 septembre 2024, Grenoble Alpes métropole a informé la SAS Eurovia Alpes du rejet de ses offres, classées en cinquième position, pour chacun des lots. Par la requête susvisée, la SAS Eurovia Alpes, demande au juge des référés d'annuler la procédure de passation des cinq lots.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". L'article L. 551-2 du même code dispose que : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations ".

3. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". Aux termes de l'article R. 2181-3 du même code : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1 ". Aux termes de l'article R. 2181-4 de ce même code : " A la demande de tout soumissionnaire ayant fait une offre qui n'a pas été rejetée au motif qu'elle était irrégulière, inacceptable ou inappropriée, l'acheteur communique dans les meilleurs délais et au plus tard quinze jours à compter de la réception de cette demande : () Lorsque le marché a été attribué, les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue ".

5. L'information sur les motifs du rejet de son offre dont est destinataire l'entreprise en application des dispositions précitées a, notamment, pour objet de permettre à la société non retenue de contester utilement le rejet qui lui est opposé devant le juge du référé précontractuel saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative. Par suite, l'absence de respect de ces dispositions constitue un manquement aux obligations de transparence et de mise en concurrence. Cependant, un tel manquement n'est plus constitué si l'ensemble des informations, mentionnées aux articles du code de la commande publique précités, a été communiqué au candidat évincé à la date à laquelle le juge des référés statue sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, et si le délai qui s'est écoulé entre cette communication et la date à laquelle le juge des référés statue a été suffisant pour permettre à ce candidat de contester utilement son éviction.

6. La société Eurovia soutient que la métropole a entaché sa procédure d'un vice de publicité et de mise en concurrence en ne lui indiquant pas les motifs précis justifiant le rejet de ses offres.

7. Cependant, d'une part, l'obligation d'information prévue par les articles R.2181-1 et R.2181-3 du code de la commande publique n'impose pas au pouvoir adjudicateur de communiquer au candidat évincé le rapport d'analyse des offres et la commande-type utilisée, qui présentent, à ce stade de la procédure, un caractère préparatoire.

8. D'autre part, la lettre du 20 septembre 2024 par laquelle Grenoble Alpes métropole a informé la société Eurovia Alpes du rejet de son offre indiquait, pour chaque lot, les notes obtenues par l'offre de la société requérante pour chaque critère et sous-critère ainsi que son positionnement dans le classement des offres. Elle précisait également le nom de la société attributaire et les notes obtenues par celle-ci pour chaque critère et sous-critère. En cours d'instance, par un courrier du 4 octobre 2024, la société Eurovia Alpes a, en réponse à sa demande présentée sur le fondement de l'article R. 2181-4 du code de la commande publique, reçu communication d'informations détaillées sur les avantages et caractéristiques des cinq offres retenues au regard de chacun des critères et sous critères. Par ailleurs, Grenoble Alpes métropole a indiqué à la requérante avoir mis en œuvre une procédure de détection des offres anormalement basses qui lui a permis de s'assurer que l'offre du groupement Guintoli/NGE n'étais pas sous-évaluée.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux paragraphes 7 et 8 que les éléments communiqués à la société Eurovia l'ont mise en mesure de contester utilement son éviction.

10. En second lieu, le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Toutefois, ces méthodes de notation sont entachées d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, elles sont par elles-mêmes de nature à priver de leur portée les critères de sélection ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publiques, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, de telles méthodes de notation.

11. La requérante soutient que la commande type utilisée pour chacun des lots ne correspond pas aux conditions raisonnablement prévisibles d'exécution du contrat au motif qu'elle ne parvient pas à la reconstituer alors même qu'elle est le titulaire sortant et que ladite méthode semble être la même pour les lots n°1 à 4 alors que le montant estimé du lot n°2 diffère des autres. Toutefois, la circonstance que la société Eurovia soutienne n'être pas en mesure de reconstituer la commande type n'est pas de nature à retenir que celle-ci serait entachée d'incohérence de nature à priver le critère prix de sa portée. En outre, et à supposer même que la commande-type aurait été la même pour les quatre premiers lots, le fait que le montant maximal pour le lot n°2 sur toute la durée de l'accord-cadre, tel qu'il ressort du point 1.4 du règlement de la consultation, diffère de celui des trois autres lots ne révèle aucune incohérence dans la commande-type, moins encore une incohérence de nature à priver de sa portée le critère du prix et à empêcher que l'offre économiquement la plus avantageuse soit choisie. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la méthode de notation des offres doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non recevoir opposée par le groupement Guintoli/NGE routes, que la SAS Eurovia Alpes n'est pas fondée à demander l'annulation de la procédure lancée par Grenoble Alpes métropole en vue de la conclusion d'accords-cadres à bons de commande pour des travaux de rénovation des chaussées métropolitaines.

Sur les frais d'instance :

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Eurovia Alpes doivent dès lors être rejetées.

14. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner Eurovia Alpes à verser à Grenoble Alpes métropole, au groupement Guintoli/NGE routes et la société Colas une somme de 1 500 euros chacun au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Eurovia Alpes est rejetée.

Article 2 : Eurovia Alpes versera à Grenoble Alpes métropole, au groupement Guintoli/NGE routes et à la société Colas, la somme de 1 500 euros, chacun, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Eurovia Alpes, à Grenoble Alpes métropole, au groupement Guintoli/NGE routes, à la société Colas, à la société Routière Chambard, à la société RMF et à la société MGB BTP.

Fait à Grenoble, le 15 octobre 2024.

La juge des référés,

A. Triolet

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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