mercredi 18 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407460 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | VIGNERON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2024, Mme A D, représentée par Me Vigneron, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2023 par lequel préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, sous la même astreinte ;
3°) dans l'attente, d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'absence d'examen sérieux de sa situation et d'une erreur de fait en ce qu'elle retient une absence de liens intenses, stables et anciens en France ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de fait en l'absence d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense, ni répondu à la demande de pièces complémentaires effectuée par le tribunal le 17 octobre 2024.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Rogniaux a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, ressortissante tunisienne née le 20 mars 1994, est entrée en France le 26 août 2016, munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour. Elle a obtenu plusieurs titres de séjour en qualité d'étudiante, valables jusqu'au 25 octobre 2020. Elle a ensuite obtenu trois autorisations provisoires de séjour de six mois, portant la mention " étudiant en recherche d'emploi ", valables du 21 janvier 2021 au 18 juillet 2022. Le 17 juin 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 7 quater de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie du 17 mars1988 et subsidiairement au titre de l'admission exceptionnelle au séjour et au regard du statut étudiant. Par une décision du 20 avril 2023, dont elle demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme B C, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture, qui disposait à cet effet d'une délégation, en vertu d'un arrêté du préfet de l'Isère du 21 août 2023, publié le jour-même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes même de l'arrêté en litige que le préfet de l'Isère, qui a fait état des éléments en sa possession, notamment les titres de séjour et autorisations provisoires de séjour dont Mme D a bénéficié, la durée de sa présence en France et sa situation familiale, a procédé à un réel examen de la situation de l'intéressée avant de prendre la décision attaquée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".Il résulte par ailleurs de l'article 7 quater de l'accord susvisé que, sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter du même accord, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Enfin, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. Pour soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale, Mme D fait valoir qu'elle est en France depuis près de huit ans, que sa cellule familiale est désormais ici, que sa présence auprès de son oncle hémiplégique est nécessaire à celui-ci et qu'elle s'est insérée dans la société française, notamment sur le plan professionnel. Cependant elle ne produit aucune pièce au soutien de ces allégations. Par suite, le préfet a pu sans erreur de fait retenir que Mme D ne justifie pas de liens intenses, stables et anciens en France. En outre, sa mère et plusieurs de ses frères et sœurs résident en Tunisie. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs du refus doit également être écarté.
6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été développé au point précédent que le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer à Mme D un titre de séjour.
7. Ainsi, les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2, le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté.
10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3, le moyen tiré de l'absence d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.
11. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 6, les moyens tirés de ce que la mesure d'éloignement serait entachée d'erreur de fait, méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait en outre entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. Ainsi, les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'annulation des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.
14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 6, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait en outre entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
15. Il s'ensuit que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office doivent être rejetées.
Sur le surplus des conclusions :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées par Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté en litige, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
17. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Vigneron et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Doulat, premier conseiller,
Mme Rogniaux, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2024.
La rapporteure,
A. Rogniaux
La greffière,
J. Bonino
La présidente,
A. Triolet
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026