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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407464

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407464

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2024, M. A, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction dans un délai de 5 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la décision est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions des articles R. 431-12 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales .

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2407463.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 17 octobre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Zaïem, pour M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant béninois expose qu'il est entré en France le 4 avril 2018. Le dernier titre de séjour qui lui a été délivré, en qualité d'étranger malade expirant le 10 septembre 2024, M. A en a demandé le renouvellement le 20 juin 2024. Il a obtenu confirmation du dépôt de sa demande, mais aucun document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour en France le temps de l'examen de sa demande de renouvellement ne lui a été délivré. Il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision implicite, née le jour de l'expiration de son titre de séjour, par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande renouvellement de son titre de séjour.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension d'exécution :

3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

5. En l'espèce, la décision litigieuse refuse la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour à M. A. Celui-ci fait valoir qu'il a déposé sa demande de renouvellement de titre de séjour dans les délais impartis mais qu'aucune autorisation provisoire de séjour ne lui a été délivrée, qu'il souffre d'une pathologie grave nécessitant qu'il puisse continuer à avoir accès aux soins. Il fait valoir en outre que malgré cette pathologie, il dispose d'un contrat de travail et que l'absence de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour met en péril son activité professionnelle et le place en situation de précarité. Dans les circonstances particulières de l'espèce, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite refusant le renouvellement du titre de séjour à M. A.

Sur les conclusions d'injonction :

7. il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer à M. A, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une attestation de prolongation d'instruction à titre provisoire, l'autorisant à travailler, valable pour une durée de trois mois, ou jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond ou jusqu'à la fin de l'instruction de la demande de renouvellement de son titre de séjour, si l'une ou l'autre de ces décisions intervenait avant l'expiration du délai de trois mois. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du requérant présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er :M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère est suspendue.

Article 3 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une attestation de prolongation d'instruction à titre provisoire, l'autorisant à travailler valable pour une durée de trois mois, ou jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond ou jusqu'à la fin de l'instruction de la demande de renouvellement de son titre de séjour, si l'une ou l'autre de ces décisions intervenait avant l'expiration du délai de trois mois.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A, à Me Borges de Deus Correia et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

Le juge des référés,

J. B

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407464

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