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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407526

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407526

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2024, M. C A B, représenté par Me Cans, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, et a ordonné son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à titre subsidiaire, dans le cas où l'aide juridictionnelle totale lui serait refusée, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;

- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ; la procédure est irrégulière dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère a recueilli l'avis du collège de médecins de l'OFII et que celui-ci respecterait les dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 3, 5 et 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, par exception d'illégalité du refus de titre de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale, par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français durant trois ans est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation .

Par un mémoire en défense enregistré le 24 décembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Naillon,

- et les observations de Me Cans, représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, déclare être entré en France le 15 octobre 2006 sous couvert d'un visa court séjour mention " voyage d'affaires " délivré par les autorités allemandes, valable du 14 octobre 2006 au 3 novembre 2006. Le 27 janvier 2009, un arrêté de reconduite à la frontière a été pris à son encontre. Par un arrêté du 17 février 2015, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français durant un an. Par deux jugements du 10 avril 2015 et du 28 mai 2015, le tribunal administratif de Grenoble a confirmé ces décisions. Par arrêté du 21 février 2017, la cour administrative d'appel de Lyon a annulé le jugement du 28 mai 2015 en ce qu'il avait omis de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français. Par un arrêté du 6 juillet 2017, dont la légalité a été confirmée en première instance et en appel, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction d'y revenir pendant deux ans. Par un arrêté du 17 mai 2022, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour enregistrée le 20 septembre 2021, a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français durant trois ans. Toutefois, par jugement du 31 janvier 2023, le tribunal administratif de Grenoble a annulé cet arrêté pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour et a enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A B. Par l'arrêté attaqué du 24 septembre 2024, le préfet de l'Isère a de nouveau refusé de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A B, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit d'y revenir pendant trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ".

4. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ". Aux termes de l'article 5 du même arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'arrêté du 27 décembre 2016 qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Au nombre des éléments de procédure que doit mentionner l'avis rendu par le collège de médecins figure, notamment, le nom du médecin de l'OFII qui a établi le rapport médical de façon à permettre à l'autorité administrative de s'assurer, préalablement à sa décision, que ce médecin ne siège pas au sein du collège qui rend l'avis, et, par suite, de la composition régulière de ce collège.

6. Malgré deux mesures d'instruction faites en ce sens, le préfet de l'Isère n'a pas produit dans le cadre de l'instance, contrairement à ce qu'il indique dans son mémoire en défense, l'avis du collège des médecins de l'OFII visé dans l'arrêté attaqué, et au vu duquel il devait se prononcer sur la demande de titre de séjour de M. A B. Dès lors, il n'établit pas avoir sollicité l'avis du collège des médecins du collège de l'OFII dans les conditions fixées par les dispositions précitées. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 mars 2024 du préfet de l'Isère en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, implique seulement que la préfète de l'Isère réexamine la situation de M. A B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer une autorisation de séjour provisoire valant autorisation de travail dans un délai de huit jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cans avocat de M. A B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cans de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er :M. A B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'arrêté du 24 septembre 2024 est annulé.

Article 3 :Il est enjoint à la préfète de l'Isère de réexaminer la situation de M. A B dans un délai de deux mois ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, dans les délais respectifs de deux mois et huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 :L'Etat versera à Me Cans une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Cans et à la préfète de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, présidente,

M. Argentin, premier conseiller,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.

La rapporteure,

L. Naillon

La présidente,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407526

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