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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407571

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407571

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Schürmann, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail dans un délai de cinq jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il fait valoir que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; il est placé en situation de précarité, d'insécurité juridique et de détresse psychologique dès lors qu'il ne peut justifier de la régularité de son séjour, qu'il peut être arrêté à tout moment et qu'il ne peut plus travailler ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité des décisions en litige :

*la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

*elle méconnaît les articles L. 313-11 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*elle méconnaît l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

*elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

*la décision portant refus de renouvellement de son récépissé de titre de séjour méconnaît l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il a accordé un rendez-vous au requérant pour le renouvellement de son récépissé de titre de séjour qui a pour effet de rouvrir l'instruction de la demande de l'intéressé, qu'aucune décision sur la demande de renouvellement de titre de séjour du requérant ne peut à ce jour être rendue dès lors que la demande de pièces complémentaires adressée à celui-ci est restée sans réponse et qu'en tout état de cause, l'urgence n'est manifestement plus caractérisée.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2407570 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 14 octobre 2024 en présence de M. Muller, greffier d'audience, Mme B a lu son rapport et :

- informé les parties que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur le moyen, relevé d'office, tiré de ce que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête se trouvent privées d'objet, le préfet de l'Isère ayant accordé un rendez-vous au requérant pour le renouvellement de son récépissé de titre de séjour ;

- entendu les observations de Me Schürmann en présence de M. C.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. En deuxième lieu, dans ses écritures, le préfet de l'Isère expose qu'il a délivré un rendez-vous à M. C le 21 octobre 2024 pour le renouvellement de son récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en suspension de la décision implicite refusant de délivrer à M. C un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour ni sur ses conclusions en injonction à cette fin.

3. En revanche, contrairement à ce que soutient le préfet de l'Isère, la délivrance d'un récépissé de titre de séjour mentionné à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne fait pas obstacle à la naissance d'une décision implicite de rejet à l'issue du délai prévu à l'article R. 432-2 du même code. Dans ces conditions, la simple convocation de M. C à un rendez-vous en préfecture pour la remise d'un récépissé ne prive pas d'objet sa demande de suspension de refus de renouvellement de son titre de séjour.

4. En troisième lieu, l'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

5. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

6. Le requérant demande la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de renouvellement de la carte de séjour temporaire dont il était titulaire jusqu'au 22 août 2023, à défaut de réponse de l'autorité administrative à cette demande. Cependant, d'une part, le préfet de l'Isère s'est engagé, dans son mémoire en défense, à renouveler le récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour du requérant et lui a adressé pour ce faire un rendez-vous le 21 octobre 2024. D'autre part, le préfet de l'Isère soutient sans être contredit qu'il a adressé une demande de pièces complémentaires restée sans réponse de la part de M. C si bien qu'aucune décision ne peut être rendue à ce jour sur sa demande de renouvellement de titre de séjour. Ces circonstances sont de nature à faire échec, à la date de la présente ordonnance, à la présomption d'urgence dont peut bénéficier le requérant. L'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est ainsi pas remplie. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision implicite refusant de renouveler le titre de séjour de M. C ainsi que les conclusions d'injonction aux fins de délivrance d'un titre de séjour ou de réexamen.

7. En dernier lieu, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E

Article 1er :M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite refusant de renouveler le récépissé de demande de titre de séjour de M. C et aux fins d'injonction de délivrance de ce document.

Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à Me Schürmann et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 21 octobre 2024.

La juge des référés,

A. B

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407571

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