Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407612
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407612 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | MAISONOBE - OLLIVIER |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Ollivier, demande au juge des référés :
1°) de suspendre la décision par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté implicitement sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui remettre le titre de séjour sollicité à titre provisoire dans l'attente de la décision au fond, ou une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de trois jours et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de ce dossier, dans un délai d'un mois ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient :
- que l'urgence est justifiée ; il est privé de son droit au travail et de sa liberté de circuler ; il n'a plus la moindre ressource pour subvenir à ses besoins et au règlement de ses charges de logement ;
- qu'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; l'auteur de l'acte était incompétent ; la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ; les articles L. 435-3 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été manifestement violés ; la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré 17 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
L'urgence n'est manifestement plus caractérisée dès lors qu'il a délivré à l'intéressé un rendez-vous aux fins de de se voir renouveler un récépissé de demande de titre de séjour ; ce récépissé à venir aura pour effet de rouvrir l'instruction de la demande de l'intéressé, et de reporter la décision implicite de rejet de celle-ci ; les demandes de pièces complémentaires sont restées sans réponse à ce jour de la part de requérant ; enfin, le requérant ne justifie d'aucune diligence restée infructueuse tendant à se voir délivrer une nouvelle attestation de prolongation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 3 octobre 2024 sous le numéro 2407580 par laquelle M B A, représenté par Me Ollivier, demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 octobre 2024 à 10H45 :
- le rapport de M. Vial-Pailler.
- les observations de Me Ollivier, représentant M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". L'article R. 431-11 du même code dispose que " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. " L'arrêté prévu à l'article R.431-11, qui constitue l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, établit une liste de pièces à fournir pour chaque type de demande de titre de séjour.
3. Il découle de ces dispositions que l'autorité compétente peut refuser d'enregistrer une demande de titre de séjour lorsque que le dossier présenté à son appui est incomplet. La décision par laquelle cette autorité compétente refuse l'enregistrement d'un dossier incomplet ne fait pas grief.
4. Par ailleurs, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. En défense, le préfet de l'Isère fait valoir que postérieurement à l'enregistrement de la requête, il a délivré au requérant un rendez-vous le 5 novembre 2024 aux fins de se voir renouveler un récépissé de demande de titre de séjour, alors qu'au demeurant, ses demandes de pièces complémentaires dans le cadre de l'instruction de cette demande, sont restées sans réponse à ce jour de la part de M. A. Dans ces circonstances, alors que M. A ne conteste pas sérieusement le caractère incomplet de son dossier, la condition d'urgence n'est plus remplie à la date de la présente ordonnance et la requête doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A, à Me Ollivier et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 24 octobre 2024.
Le juge des référés,
C. Vial-Pailler
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.