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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407645

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407645

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024, Mme B C épouse A, représentée par Me Miran, demande au juge des référés :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du 12 juin 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer sa carte de séjour pluriannuelle ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " dans les deux mois ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les quinze jours et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler dans les quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; elle est placée en situation irrégulière dès lors que son récépissé de demande de titre de séjour expirant le 11 août 2024 n'a pas été renouvelé malgré ses tentatives pour obtenir un rendez-vous en préfecture ; elle est placée en situation de précarité dès lors qu'elle ne perçoit plus les ressources et aides dont elle bénéficiait alors qu'elle vit avec son fils qui est porteur d'un handicap ; elle ne peut pas chercher et trouver un emploi ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

º elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est présente en France depuis plus de 23 ans ; elle parle couramment le français ; elle entretient des liens anciens, intenses et stables en France où ses enfants sont présents ;

º elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

º elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle porte une atteinte disproportionnée à ses intérêts dès lors qu'elle peut être éloignée à tout moment, être séparée de sa famille et notamment de ses enfants qui sont tous durablement implantés sur le territoire et qu'elle risque de se voir opposer une décision d'éloignement à tout moment.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il a octroyé un rendez-vous le 22 octobre 2024 à Mme A pour renouveler son récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour.

Vu :

* les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2407647, enregistrée le 7 octobre 2024, par laquelle Mme C épouse A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 18 octobre 2024 à 14 heures 30.

Le rapport de M. Thierry, juge des référés a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme C épouse A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. La condition d'urgence qui justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif est remplie lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte de tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

4. Mme C épouse A, ressortissante turque, qui vit en France depuis 2001, expose que son dernier titre de séjour expirant le 27 janvier 2024, elle en a demandé le renouvellement et a obtenu un récépissé de demande de titre de séjour valable du 12 février 2024 au 11 août 2024. Depuis l'expiration de celui-ci aucun titre ni récépissé ne lui a toutefois été délivré pour lui permettre de justifier de la régularité de son séjour en France en dépit de plusieurs tentatives, vaines, pour obtenir un rendez-vous des services de la préfecture de l'Isère. Elle demande au juge des référés de suspendre la décision née le 12 juin 2024 du silence gardé par le préfet par laquelle ce dernier a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour.

5. Par un courrier du 11 octobre 2024, que Mme C épouse A ne conteste pas avoir reçu, le préfet de l'Isère l'a convoquée à un rendez-vous le 22 octobre 2024 afin de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour. Dans ces circonstances la situation de Mme C épouse A ne présente plus le caractère d'urgence qui la caractérisait au moment de l'enregistrement de sa requête.

6. Il en résulte, qu'au moins l'une des deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas satisfaite. Dans ces conditions les conclusions à fin de suspension de Mme C épouse A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Les conclusions à fin de suspension de Mme C épouse A devant être rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

8. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge, les conclusions de Mme C épouse A tendant à ce que soit mise à charge de l'Etat une somme en application de ces dispositions doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C épouse A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse A, à Me Miran et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 23 octobre 2024.

Le juge des référés,

P. Thierry

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24076452

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