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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407661

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407661

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHOURLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2024, M. E C, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2024, par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire sans délai, fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé de son signalement au système d'information Schengen ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2024 du préfet de la Savoie portant assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'une irrégularité de procédure faute pour les services de police de lui avoir permis d'apporter la preuve de sa situation, et notamment de ses revenus par la production de son contrat de travail ainsi que de sa future paternité aux côtés d'une personne de nationalité française.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- à titre principal, elle sera annulée par voie de conséquence, en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- à titre subsidiaire, elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- à titre principal, elle sera annulée par voie de conséquence, en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- à titre subsidiaire, elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation et n'est pas compatible avec ses horaires de travail.

La requête a été communiquée au Préfet de la Savoie qui n'a pas produit de mémoire, mais des pièces le 15 octobre 2024.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024, présenté son rapport et prononcé, à l'issue de celle-ci, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant algérien né le 12 août 1982, est entré en France, selon ses déclarations, en juin 2022. Suite à un contrôle de police, le préfet de la Savoie a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter de territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté. Par un autre arrêté du même jour, le préfet de la Savoie l'a assigné à résidence dans l'arrondissement de Chambéry pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen de légalité externe commun à l'ensemble des décisions contestées :

2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes de l'article 51 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal d'audition établi par les services de police le 29 septembre 2024, que préalablement à l'intervention de la décision attaquée, M. C a été interrogé, notamment, sur les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français et sur sa situation personnelle et familiale. Au cours de cet entretien, il a été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et invité à présenter ses observations sur ce point. Celui-ci a été en mesure de faire connaître, de manière utile et effective sa situation tant professionnelle - il indique au cours de l'entretien ne pas souhaiter communiquer son contrat de travail - que personnelle - en faisant état de la présence de sa femme et de deux de ses enfants en Algérie, comme de sa vie en concubinage avec Mme B D, dont il a évoqué la grossesse, mais non la nationalité. Par suite, le requérant n'a pas été privé du droit d'être entendu qu'il tient de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

5. M. C se prévaut de son insertion professionnelle et de la présence en France de sa compagne, de nationalité française, dont il attend un enfant, cette dernière étant enceinte de sept mois. Il soutient également subvenir au besoin du couple, Mme D étant sans activité professionnelle, et participer à l'éducation du premier enfant de celle-ci. Toutefois, et alors que le requérant indique être en possession d'une fausse carte d'identité italienne, eu égard aux conditions de son séjour en France depuis 2022, au caractère récent de la vie commune, au fait qu'hormis une déclaration de situation à la CAF, aucune reconnaissance anticipée auprès de l'état civil n'a été accomplie, à l'absence d'éléments attestant tant de la réalité et de l'intensité des liens qu'il entretient avec Mme D que de la participation matérielle à l'éducation du fils de celle-ci, ainsi qu'à la présence en Algérie de sa femme, de ses enfants, de ses parents ainsi que de ses frères et sœurs, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter sans délai le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est illégale à raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant réside avec une ressortissante française et enceinte. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, M. C est fondé à soutenir que la décision contestée, qui a pour effet de lui interdire pendant un an de revenir sur le territoire français pour lui rendre visite porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être accueillies.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

11. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué du 29 septembre 2024 que le préfet de la Savoie a assigné M. C à résidence dans l'arrondissement de Chambéry, à son domicile, pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois et l'a obligé à se présenter les lundi, mercredi et vendredi matin au commissariat de police de Chambéry entre 16h et 16h30 et lui a interdit de sortir de l'arrondissement de Chambéry sans autorisation.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision prononçant à son encontre cette assignation à résidence est illégale à raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai du même jour.

13. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ".

14. M. C soutient que la perspective de son éloignement n'est pas raisonnable dès lors qu'il pourra prétendre à l'obtention d'un titre de séjour en tant que parent d'enfant français. Toutefois, et pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 5, la décision d'assignation à résidence prise à son encontre, n'est entaché ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation à cet égard. Et s'il soutient que les horaires qui lui sont assignés par le commissariat ne sont pas compatibles avec ses horaires de travail, il ne justifie pas être autorisé à travailler. Dans ces conditions, l'erreur manifeste d'appréciation affectant la décision attaquée n'est pas, à ce titre non plus, établie.

15. Il résulte de tout ce qui précède que seules les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être accueillies, les autres pouvant être rejetées ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui s'y rapportent.

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 29 septembre 2024 n° 2024 730 1108 est annulé seulement en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français de M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au ministre de l'Intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La magistrate désignée,

E. A Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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