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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407800

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407800

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête n° 2407800, enregistrée le 10 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2024-JK-277 du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit d'y revenir pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté n° 2024-JK-277 B du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier et complet de sa situation ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français a été prise sans qu'il soit informé au préalable de cette possibilité et qu'il soit mis à même de présenter des observations ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pour une durée de 12 mois est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions lui interdisant de retourner sur le territoire français et l'assignant à résidence sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Le préfet de l'Isère à qui la requête a été communiquée n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lefebvre, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 22 octobre 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Huard, représentant M. A, ainsi que de ce dernier.

Madame B, membre de l'association " Observatoire des discriminations et des territoires interculturels " a également été entendue.

M. A soutient également que le préfet de l'Isère a commis une erreur de fait sur les conditions de son entrée en France et ne pouvait légalement faire application du 1er alinéa de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 14h30.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 27 novembre 1991 à Sohba, indique être entré régulièrement en France le 8 février 2015, sous couvert d'un visa de court séjour. Il s'est maintenu sur le territoire à l'expiration de ce dernier visa sans solliciter la régularisation de sa situation. Le préfet de l'Isère a pris à son encontre deux arrêtés l'obligeant, d'une part, à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'assignant à résidence à son domicile pour une durée de 45 jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence à statuer sur la requête présentée par M. A, il y a lieu d'admettre celui-ci, à titre provisoire, au bénéfice de l 'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

4. Pour prendre l'arrêté obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant d'y revenir pour une durée d'un an, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la circonstance que M. A ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire français à une date inconnue au cours de l'année 2015. Il ressort cependant des pièces du dossier et notamment de la copie de son passeport n° 142261330 produite le 21 octobre 2024 que l'intéressé est entré en France le 8 février 2015, sous couvert d'un visa court séjour, délivré le 22 décembre 2014 et valable du 1er février 2015 au 18 mars 2015.

5. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet de l'Isère a commis une erreur de fait en se fondant sur la circonstance qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français. Il s'ensuit que le préfet de l'Isère ne pouvait, sans entacher la légalité de son arrêté, faire application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obliger le requérant à quitter le territoire français.

6. L'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité des décisions lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an. Elle entraîne également, par voie de conséquence, l'illégalité de l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Isère a assigné M. A à résidence pour une durée de 45 jours.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, les arrêtés en litige doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement que le préfet de l'Isère fasse supprimer dans le système d'information Schengen le signalement de M. A aux fins de non-admission. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () ".

10. Sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous la double réserve que Me Huard, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et que le requérant soit définitivement admis bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat, le versement à Me Huard de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du 10 octobre 2024 par lesquels le préfet de l'Isère a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit d'y revenir pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de faire procéder à la suppression du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Huard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Huard, avocat de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

G. LEFEBVRELa greffière,

E. BEROT-GAY

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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