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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407887

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407887

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407887
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP COUDERC-ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, M. C A, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " saisonnier " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente, de lui délivrer, sous cinq jours, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- le préfet de la Savoie a entaché sa décision d'une erreur de droit et a méconnu les dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision doit être annulée par la voie de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;

- le préfet de la Savoie a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York du 26 janvier 1990 ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision doit être annulée par la voie de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Argentin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité marocaine, né en 1996, est entré en France en 2023 sous couvert d'un visa long séjour à entrées multiples portant la mention " saisonnier " valable du 10 mai 2023 au 8 août 2023. Il a présenté, le 5 juillet 2023, une demande de titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier. Par l'arrêté attaqué du 5 février 2024, le préfet de la Savoie a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté en litige a été signé par Mme D B, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté du 20 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le même jour. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an () ".

4. Pour rejeter la demande de titre dont il a été saisi, le préfet de la Savoie s'est fondé sur la circonstance que depuis le mois de mai 2023 M. A n'avait cessé de travailler auprès d'une société de maraichage et qu'il résidait toujours en France. Malgré la malencontreuse formulation relative à la durée cumulée de six mois de séjour figurant dans l'arrêté contesté alors que le requérant était titulaire d'un visa d'une durée de trois mois, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Savoie a estimé que M. A ne pouvait être regardé, compte tenu de la durée de sa présence en France, comme s'engageant à maintenir sa résidence hors de France au sens du premier alinéa de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, le requérant ne fait état d'aucun élément de nature à considérer que le préfet de la Savoie aurait, à la date de sa décision, commis une erreur de fait dans la détermination de son lieu de résidence. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de fait.

5. Il ressort des termes de la décision contestée que le préfet de la Savoie a retenu que M. A avait séjourné sur le territoire français depuis le 24 mai 2023. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Savoie, à défaut d'avoir mentionné la date à partir de laquelle il a déterminé la durée de sa présence en France, a entaché son arrêté d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation.

6. Compte tenu du motif du refus retenu par le préfet de la Savoie, M. A ne peut utilement soutenir que le délai de six mois n'a jamais commencé à courir faute de délivrance, par le préfet, d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Savoie aurait méconnu les dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aurait commis une erreur de droit.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

8. M. A n'expose, dans ses écritures, aucun élément relatif à sa vie privée et familiale. Dans ces circonstances le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette la requête de M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la prise en charge des frais non compris dans les dépens :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que les frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens soient mis à la charge de l'Etat, qui, dans la présente instance, n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la SCP Couderc-Zouine et à au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, présidente,

M. Argentin, premier conseiller,

Mme Naillon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

Le rapporteur,

S. Argentin

La présidente,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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