mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407946 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | WELSCH |
Vu les procédures suivantes :
I.- Par une requête n°2407946 enregistrée le 15 octobre 2024, Mme B C épouse D, représentée par Me Welsch, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté n° OQTF2024/74/A263 du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;
4°) de suspendre l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme D soutient que :
- la requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son signataire ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation et d'une insuffisante motivation ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; sa vie est menacée au Kosovo ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est, en elle-même, insuffisamment motivée, dépourvue de tout examen sérieux et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
II.- Par une requête n°2407949 enregistrée le 15 octobre 2024, M. A D, représenté par Me Welsch, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté n° OQTF2024/74/A264 du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;
4°) de suspendre l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. D soutient que :
- la requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son signataire ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation et d'une insuffisante motivation ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation du fait de sa situation médicale ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; sa vie est menacée au Kosovo ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est, en elle-même, insuffisamment motivée, dépourvue de tout examen sérieux et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les arrêtés attaqués et les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Letellier a lu son rapport. Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées concernent la situation des membres d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
2. Mme B D, ressortissante kosovare âgée de 65 ans et son fils A D, ressortissant de même nationalité âgé de 29 ans, sont entrés en France le 12 avril 2024 et ont présenté une demande d'asile le 16 avril 2024. Leur demande d'asile a été rejetée par l'Office français des réfugiés et des apatrides, le 17 juillet 2024. Le 13 septembre 2024, ils ont présenté un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêtés du 19 septembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie les a obligés à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et leur a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
3. Au regard de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, par arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le jour même, le préfet de la Haute-Savoie a donné délégation à M. F E, en qualité de secrétaire général de la préfecture de la Haute-Savoie, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés en litige manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués par lesquels le préfet de la Haute-Savoie a obligé Mme D et son fils à quitter le territoire français dans un délai de trente jours comportent les motifs de droit et de fait en constituant le fondement. Ils sont ainsi suffisamment motivés.
6. En troisième lieu, les requérants soutiennent que les arrêtés attaqués sont entachés d'un défaut d'examen. Toutefois, le préfet de la Haute-Savoie a pris en compte leur situation personnelle et familiale respective. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes des dispositions de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ". Aux termes des dispositions de l'article L. 531-24 dudit code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ".
8. Il résulte de ces dispositions que l'administration peut obliger à quitter le territoire français un demandeur d'asile ressortissant d'un pays d'origine sûr, placé en procédure accélérée, et dont la demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qu'un recours soit ou non pendant devant la Cour nationale du droit d'asile.
9. Au cas d'espèce, les requérants ont vu leur demande d'asile rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 17 juillet 2024, notifiée le 22 juillet suivant. Le Kosovo étant au nombre des pays d'origine sûrs, ils ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français à compter de cette dernière date. Le recours qu'ils ont formé devant la Cour nationale du droit d'asile n'a eu aucun effet suspensif. Ainsi, le préfet a pu légalement prendre à l'encontre des requérants une mesure d'éloignement sans attendre qu'il soit statué sur leur recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile, alors même qu'ils ne constituent pas une menace pour l'ordre public. Enfin, s'il est soutenu que M. D souffre d'épilepsie, ce qui le rend vulnérable, il ressort des pièces du dossier que les requérants ont vécu respectivement jusqu'à l'âge de 64 ans et de 29 ans au Kosovo et qu'ils résident en France depuis moins de six mois, à la date des arrêtés attaqués. En tout état de cause, le seul rapport d'examen médical qu'il produit, datant du 26 août 2020, est ancien et n'est pas suffisant pour établir sa vulnérabilité. Par suite, les arrêtés attaqués ne sont pas entachés d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne le pays de destination :
10. Les requérants n'apportent aucun élément pour démontrer que leur vie serait menacée ou qu'ils seraient susceptibles d'être exposés à un risque d'atteinte grave en cas de retour au Kosovo. En particulier, comme l'a du reste estimé l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, les dires de M. D selon lesquels il serait victime d'attaques répétées et incessantes de la part des habitants de son village sont vagues, peu spontanés et dépourvus de tout caractère circonstancié. Dans ces conditions, les décisions attaquées ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, il ressort des arrêtés attaqués que, pour prononcer à l'encontre des requérants une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Haute-Savoie a pris en compte l'ensemble des critères mentionnés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces décisions ne sont donc entachées d'aucun défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de leur situation.
12. En second lieu, les requérants sont présents sur le territoire français depuis moins de six mois. Ils ne font état d'aucun lien ou d'aucune attache familiale sur le territoire français. Ainsi, en dépit du fait que les requérants n'ont pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'ils ne constituent pas une menace pour l'ordre public, c'est à bon droit que le préfet de la Haute-Savoie a prononcé à leur encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins de suspension de la mesure d'éloignement :
13. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. "
14. Les requérants n'apportent aucun élément, en dehors de leurs propres déclarations, de nature à établir la réalité des risques qu'ils déclarent encourir en cas de retour au pays d'origine. Ils ne produisent donc aucun élément suffisamment sérieux pour justifier de leur maintien sur le territoire durant l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile. Leur demande subsidiaire de suspension d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français présentée au titre des articles L. 752-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être rejetée.
15. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation ou la suspension des arrêtés attaqués. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :Mme C épouse D et M. A D sont chacun admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse D, à M. A D, à Me Welsch et au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
Le rapporteur,
C. Letellier
Le président,
M. SauveplaneLa greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2407946 et 2407949
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026