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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2408039

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408039

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantANGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 octobre 2024 et le 29 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Angot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n°2024-JK-288 du 17 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelables deux fois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient qu'en l'assignant à résidence dans le département de l'Isère par l'arrêté n°2024-JK-288 du 17 octobre 2024 attaqué, le préfet de l'Isère a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside habituellement dans le département du Rhône où il y travaille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hamdouch, Premier conseiller, pour statuer sur la requête.

En raison du caractère tardif de la production du mémoire de M. B, l'audience prévue le 29 octobre 2024 à 14h00, à laquelle était présent le représentant du requérant, Me Angot, a été renvoyée à une audience ultérieure.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 30 octobre 2024 à 14h30, ont été entendus :

- le rapport de M. Hamdouch,

- les observations de Me Angot, représentant M. B.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 1er janvier 1990, est entré irrégulièrement sur le territoire français. Par un arrêté du 27 octobre 2023, la préfète du Rhône a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Il a fait l'objet le 16 octobre 2024 d'une interpellation à Vienne. Par un arrêté n°2024-JK-288 du 17 octobre 2024 dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Isère a décidé son assignation à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours renouvelables deux fois dans le département de l'Isère, avec obligation de pointage deux fois par semaine à l'hôtel de police de Vienne.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort du procès-verbal du 17 octobre 2024 dressé par les services de la police nationale de Vienne, suite à l'interpellation de M. B, le 16 octobre 2024 à Vienne, que celui-ci a déclaré être sans domicile fixe tout en vivant habituellement au 24, rue Michel Servet à Villeurbanne. Il a confirmé ses allégations dans son mémoire du 29 octobre 2024 en indiquant être domicilié à la même adresse. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B a signé le 27 septembre 2024 un contrat de mission avec la société Geodis Genay en qualité de cariste à Vénissieux, qui précise qu'il est domicilié au 24, rue Michel Servet à Villeurbanne, laquelle mention est confirmée par le bulletin de paye de septembre 2024. Enfin, il est constant que la préfète du Rhône s'est estimée compétente pour prendre l'arrêté du 27 octobre 2023 par lequel elle a prononcé à l'encontre de M. B une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Il s'ensuit que M. B, qui n'a certes pas de domicile fixe à son nom, réside à Villeurbanne. Par voie de conséquence, tant l'obligation de présentation à l'hôtel de police de Vienne situé 6 place Pierre Semard que le principe de l'assignation à résidence dans le département de l'Isère sont entachés d'une erreur d'appréciation. Une telle erreur entraîne l'annulation totale de l'arrêté du 17 octobre 2024 portant assignation à résidence.

Sur les frais de l'instance :

4. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 900 euros à Me Angot, avocat de M. B, en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté n°2024-JK-288 du 17 octobre 2024 est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera la somme de 900 euros à Me Angot en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B, la même somme lui sera versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

S. HamdouchLa greffière,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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