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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2408120

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408120

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDJINDEREDJIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités croates, responsables de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de l'autoriser à présenter sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que l'arrêté attaqué :

- méconnaît les articles 4 et 5 du règlement UE n°604/2013 ;

- méconnaît les articles 23 et 25 du règlement UE n°604/2013 ;

- méconnaît les articles 3 et 17 du règlement UE n° 604/2013 et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2024 , la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

La préfète conteste chacun des moyens invoqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fourcade pour statuer sur les décisions de transfert en application de l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fourcade ;

- les observations de M. B, assisté de Mme C, interprète en langue turque (par téléphone).

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

2. M. B, ressortissant turc qui a déclaré être entré sur le territoire français le 27 juin 2024, a présenté une demande d'asile le 23 août 2024. Les recherches sur le fichier Eurodac ont révélé que ses empreintes digitales étaient identiques à celles relevées le 12 août 2023 par les autorités croates, lesquelles ont été saisies en application de l'article 18 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Ces dernières ont accepté la reprise en charge de l'intéressé par un accord explicite du 30 septembre 2024 en application de l'article 25 du même règlement. Par l'arrêté attaqué du 15 octobre 2024, la préfète du Rhône a décidé de la remise de M. B aux autorités croates en vue de l'examen de sa demande d'asile.

3. Les pièces produites par la préfète du Rhône établissent que les services de la préfecture de l'Isère ont remis à M. B le 23 août 2024 les brochures d'information sur le règlement Dublin pour les demandeurs d'une protection internationale prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en langue turque qu'il a déclaré comprendre, ainsi que le résumé de l'entretien individuel dont il a bénéficié le même jour avec l'assistance d'un interprète en langue turque d'un organisme agréé, au cours duquel il a été informé que sa demande d'asile serait traitée conformément au règlement (UE) n°604/2013. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer une violation des articles 4 et 5 du règlement (UE) n°604/2013.

4. La requête adressée aux autorités croates le 16 septembre 2024 et l'accord explicite du 30 septembre 2024 de ces dernières étant produits à l'instance, le moyen tiré de ce que la décision de transfert serait entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des articles 23 et 25 du règlement n°604/2013, doit être écarté.

5. Aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".

6. Aux termes des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droit fondamentaux de l'UE : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants "

7. Les dispositions précitées doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

8. M. B soutient avoir subi en Croatie un traitement contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que ses empreintes ont été prises sous la contrainte alors qu'il n'avait pas l'intention de demander l'asile dans ce pays. Toutefois, le rapport de Solidarité sans frontières et Droit de rester, daté du 28 juin 2023, qui dénonce le refoulement à la frontière par les autorités croates des réfugiés et demandeurs d'asile, et la jurisprudence citée ne corroborent pas les allégations du requérant selon lesquelles il n'aurait pas demandé l'asile de son plein gré dans ce pays, ni celles selon lesquelles il aurait été victime de mauvais traitements. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas méconnu les articles 4 de la charte des droit fondamentaux de l'UE et 3 du règlement (UE) n°604/2013 et n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du même règlement.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Djinderedjian et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

F. Fourcade

Le greffier,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2408120

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