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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2408258

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408258

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408258
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantALDEGUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2024, M. C B, représenté par Me Aldeguer demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°2024-JK-291 du 23 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelables deux fois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision portant assignation à résidence :

- est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 637-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- est entachée d'un vice de procédure pour n'avoir pas été précédée d'une procédure contradictoire en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 532-8 et L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- M. B qui a indiqué ne pas avoir d'observation à formuler. Ses propos ont été traduits par son épouse Mme B, avec le consentement de M. B.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien, né le 28 juin 1985, soutient être entré en France en juillet 2023, accompagné de son épouse et de leurs trois enfants mineurs. Par un arrêté du 9 juillet 2024, le préfet de l'Isère a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 29 août 2024, le magistrat désigné a confirmé la légalité de cet arrêté. M. B a fait l'objet le 23 octobre 2024 d'une interpellation à Echirolles. Par un arrêté n°2024-JK-291du 23 octobre 2024 dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Isère a décidé son assignation à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours renouvelables deux fois dans le département de l'Isère, avec obligation de pointage deux fois par semaine à l'hôtel de police de Grenoble.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, pour justifier la décision portant assignation à résidence en litige, le préfet de l'Isère, après avoir visé notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, a relevé que, par un arrêté du 9 juillet 2024, a été pris à l'encontre de M. B une obligation de quitter le territoire français et que son éloignement demeure une perspective raisonnable dès lors qu'il est en possession d'un passeport qu'il s'est engagé à remettre au premier pointage et qu'il justifie d'une adresse dans le département de l'Isère. Dans ces circonstances, et alors que la motivation de l'arrêté n'est pas stéréotypée, la décision attaquée est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 122-1 du même code dispose : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Aux termes de l'article L. 121-2 dudit code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; () ".

4. Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français et des décisions pouvant les assortir, parmi lesquelles les assignations à résidence. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut être utilement invoqué à l'encontre de l'arrêté en litige. Au demeurant, si M. B soutient qu'il n'a pas reçu d'information qui lui aurait permis de faire connaître son point de vue sur la mesure d'assignation envisagée, en méconnaissance du principe du contradictoire, il ne fournit pas d'élément pertinent qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'assignation. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

6. M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai le 9 juillet 2024. Dès lors, compte tenu de cette obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant et alors qu'aucun délai n'avait été accordé, le préfet de l'Isère pouvait sans erreur de droit l'assigner à résidence par l'arrêté contesté.

7. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision contestée, prise pour une durée de 45 jours renouvelable et qui lui permet de circuler librement dans le département de l'Isère, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Si M. B fait part de la présence de son épouse sur le territoire français et de ses enfants scolarisés, l'arrêté contesté est une assignation à résidence et non une obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, cette dernière de même nationalité est dépourvue de titre de séjour et n'a pas vocation à demeurer sur le territoire. Rien ne fait obstacle à ce que l'ensemble de la famille retourne en Algérie et notamment pas la circonstance que sa femme souffre d'une hernie. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur de droit doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Aldeguer et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La magistrate désignée,

E. ALa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2408258

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