jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2408350 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | COLLANGE |
Vu les procédures suivantes :
I) Par une requête enregistrée le 29 octobre 2024 et un mémoire complémentaire, enregistré le 29 novembre 2024, sous le n°2408350, Mme B A épouse C, représentée par Me Collange, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2024 par lequel le préfet de la Drôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée :
o d'incompétente ;
o d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnait les articles L.541-1 et L.542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o d'une erreur manifeste d'appréciation
o d'une méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination :
o est entachée d'un défaut de motivation et d'examen en ce qu'elle méconnaît l'article L.721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de motivation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2025, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
II) Par une requête enregistrée le 29 octobre 2024 et un mémoire complémentaire, enregistré le 29 novembre 2024, sous le n°2408351, M. D C, représenté par Me Collange, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2024 par lequel le préfet de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir de réexaminer sa situation et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée :
o d'incompétente ;
o d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnait les articles L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o d'une erreur manifeste d'appréciation ;
o d'une méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination :
o est entachée d'un défaut de motivation et d'examen en ce qu'elle méconnaît l'article L.721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de motivation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2025, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Thierry, président-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C, ressortissants albanais, exposent être entrés irrégulièrement en France le 14 mai 2024 pour y demander l'asile. Leurs demandes, examinées selon la procédure accélérée, ont été rejetées par l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides par deux décisions du 30 août 2024. Consécutivement, le préfet de la Drôme les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et leur a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an par les deux arrêtés du 1er octobre 2024 dont M. et Mme C demandent l'annulation.
2. Les requêtes concernent la situation d'un couple, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. et Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions obligeant M. et Mme C à quitter le territoire français :
4. En premier lieu, M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture de la Drôme et signataire des arrêtés attaqués, a reçu délégation à cet effet par un arrêté du 14 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n°26-2024-082. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ". Le même code dispose à son article L. 541-1 que : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " et à son article L. 542-2 que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Et l'article L. 531-24 dispose que :" L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ".
6. M. et Mme C, provenant d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, leur demande d'asile ont été traitées selon la procédure accélérée. Elles ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 août 2024. Il résulte des relevés Télemofpra produit par le préfet de la Drôme que ces décisions ont été régulièrement notifiées à M. C le 23 septembre 2024 et à Mme C le 19 septembre 2024. Par suite, en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les requérants ne bénéficiaient plus, à la date des arrêtés attaqués, du droit de se maintenir sur le territoire français. Ils ne sont ainsi pas fondés à soutenir que le préfet de la Drôme a entaché ses décisions les obligeant à quitter le territoire français d'une erreur de droit.
7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. et Mme C, nés respectivement en 1977 et 1987, sont entrés récemment avec leurs deux enfants en France en mai 2024. Ils ont vécu l'essentiel de leur existence en Albanie, respectivement jusqu'à l'âge de quarante-sept ans et trente-sept ans. La durée de leur présence en France, de quatre mois et demi à la date des décisions attaquées, est courte et ils n'y font pas état d'une intégration particulière alors qu'ils ont vécu en Albanie la majeure partie de leur vie. S'ils établissent que leurs deux enfants sont scolarisés, il n'est pas établi que ces derniers ne pourraient poursuivre leur scolarité en Albanie ni que la cellule familiale ne pourra s'y reconstituer. Par suite, même si M. et Mme C se prévalent de la présence en France de deux sœurs de M. C, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
10. En premier lieu, les arrêtés litigieux contiennent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
11. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Drôme n'a pas procédé à un examen particulier de la situation des requérants avant de décider du pays de destination.
12. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède, qu'aucun des moyens soulevés par M. et Mme C contre la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, ils ne sont pas davantage fondés à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".
14. Les requérants se prévalent de menaces qui pèsent sur eux en cas de retour dans leur pays d'origine, mais n'apportent au soutien de leurs déclarations aucun élément probant permettant d'établir la réalité de ces risques en cas de retour en Albanie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. Les arrêtés contiennent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. et Mme C aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
18. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () ".
19. M. et Mme C bénéficiant de l'aide juridictionnelle provisoire, leur avocat peut se prévaloir de ces dispositions. Toutefois celles-ci font obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie d'une somme au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Ces conclusions doivent par suite être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les requêtes de M. C et Mme A épouse C sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme B A épouse C, à Me Collange et au préfet de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.
Le président,
P. Thierry L'assesseure la plus ancienne,
E. Beytout
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2408350-24083512
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026