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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2408441

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408441

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de réexaminer sa situation et de l'autoriser à présenter sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- L'arrêté est entaché d'incompétence ;

- Les articles 4, 5 et 17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 ont été méconnus ;

- La décision est entachée d'erreur de droit, dès lors que sa situation n'a pas été examinée par la préfète au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Bourion, première conseillère, les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bourion, magistrate désignée, en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 14h15.

Considérant ce qui suit :

1. M A, ressortissant turc, qui déclare être entré en France le 30 juin 2023, se maintient depuis lors, irrégulièrement sur le territoire français. Le requérant a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile auprès des autorités françaises. Toutefois, la consultation du fichier Eurodac a révélé que l'intéressé avait été identifié en Croatie où il a demandé l'asile le 21 juin 2023. La Croatie a fait connaître son accord le 16 juillet 2024. Par l'arrêté attaqué du 25 octobre 2024, la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En l'espèce, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme D B, cheffe du pôle régional Dublin, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 septembre 2024 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, les pièces produites par la préfète du Rhône établissent que les brochures d'information sur le règlement Dublin pour les demandeurs d'une protection internationale prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en langue turque qu'il a déclaré comprendre et qu'il a signées, ainsi que le résumé de l'entretien individuel dont il a bénéficié le 20 juin 2024 avec l'assistance d'un interprète en langue turque d'un organisme agréé, au cours duquel il a été informé que sa demande d'asile serait traitée conformément au règlement (UE) n°604/2013, lui ont été remis le jour même. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer une violation des articles 4 et 5 du règlement (UE) n°604/2013.

5. En troisième lieu, aux termes des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants " et aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers () même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ".

6. Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par le chapitre III du règlement, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 dudit règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

7. M. A se borne à soutenir que le préfet n'aurait pas examiné si sa situation justifiait de mettre en œuvre la clause de souveraineté prévue par les dispositions de l'article 17 précité. Ainsi, aucun élément personnalisé et circonstancié ne permet de considérer, dans ce cas d'espèce, la nécessité de faire usage pour le préfet de cet article 17 qui prévoit une clause discrétionnaire qui ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir ainsi que, par voie de conséquence, d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

9. Les conclusions présentées par M. A au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Me Gay, M.C A et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

La magistrate désignée,

I. BOURION

L La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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