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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2408452

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408452

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2024, M. A B et Mme D C épouse B, représentés par Me Blanc, demandent au tribunal :

1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 21 octobre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil à compter du même jour ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de rétablir les conditions matérielles d'accueil ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à leur conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que la décision méconnaît les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 6 novembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bourion, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bourion, magistrate désignée, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B et Mme D C, ressortissants kosovars, ont sollicité l'asile et ont été classés en procédure Dublin. Dans ce cadre, M. B et sa famille ne se sont pas présentés à deux convocations en préfecture les 31 juillet et 5 août 2024. Le préfet les a par suite déclarés en fuite le 6 août 2024. Par une décision du 21 octobre 2024, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En l'espèce, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête des intéressés, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret " Selon l'article D. 551-18 du même code : " " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 551-16, elle ne peut être prise que dans des cas exceptionnels. Cette décision prend effet à compter de sa signature. "

4. Si, en application des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration met fin au versement de l'allocation pour demandeur d'asile lorsque le demandeur ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, ces dispositions n'ont pas et ne sauraient avoir pour effet de priver du bénéfice des conditions matérielles d'accueil le demandeur d'asile dont la situation spécifique de personne vulnérable, au sens de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifie de le maintenir dans ce bénéfice.

5. En l'espèce, il est constant que les requérants ne se sont pas présentés à leurs convocations en préfecture dans le cadre de la procédure Dublin les 31 juillet et 5 août 2024 et que M. B a déclaré lors de son entretien individuel, refuser d'être transféré vers l'Allemagne.

6. S'agissant tout d'abord de la convocation du 31 juillet 2024, les requérants soutiennent, à l'appui d'un certificat médical en date du 18 juillet 2024 et d'une note sociale du 30 août 2024 établie par une travailleuse sociale du service social de la Fol 74, qu'ils n'ont pu se rendre en préfecture ce jour en raison de problèmes de santé importants rencontrés par M. B. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et tout d'abord du certificat médical précité, que le médecin se borne à lui prescrire un simple repos, qui plus, entre le 24 et le 28 juillet 2024, soit antérieurement à la date de la convocation. Ensuite, si les requérants établissent que lors de l'entretien individuel du 19 décembre 2023, ils ont remis un certificat vierge pour avis Medzo et ont déposé des documents à caractère médical sous pli confidentiel, les documents médicaux qu'ils ont remis à l'instance, dont notamment le certificat médical confidentiel du 12 décembre 2023 ne caractérisent pas un besoin urgent de prise en charge en raison d'une vulnérabilité médicale. Enfin, s'ils produisent un certificat médical du 5 septembre 24 qui indique que l'état de santé du patient ne lui permet pas de voyager et qu'une prise en charge est programmée dans les douze mois à venir, d'une part, ce certificat médical est postérieur aux dates des convocations, d'autre part, ses termes, vagues et approximatifs, ne sont pas de nature à permettre de comprendre la nature de l'immobilisation et du traitement à suivre et la nature spécifique de la pathologie et enfin M. B ne justifie pas de cette prise de rendez-vous prochaine. Dans ces conditions, leur absence à ce premier rendez-vous n'étant pas fondée sur un motif légitime, elle caractérise à elle seule la volonté des intéressés de se soustraire de façon intentionnelle au contrôle de l'autorité administrative.

7. S'agissant ensuite de la convocation du 5 août 2024, si la travailleuse sociale a commis une erreur en omettant de leur transmettre les nouvelles convocations du 5 août 2024, ainsi qu'elle en atteste dans la note sociale du 30 août 2024, il reste qu'au vu de la soustraction intentionnelle au contrôle de l'autorité administrative en date du 31 juillet 2024, l'office français de l'immigration et de l'intégration pouvait sans méconnaître les dispositions du 3° de l'article L.551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article D. 551-18 du même code, mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée. Dès lors les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction sous astreinte et les conclusions de son conseil tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme B sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B et de Mme C épouse B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Mme C épouse B, à Me Blanc et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

La magistrate désignée,

I. BOURION

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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