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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2408463

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408463

vendredi 25 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDABBAOUI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A, ressortissant marocain, qui contestait l'arrêté du préfet du Nord du 7 octobre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la décision était légalement motivée et que le signataire disposait d'une délégation de compétence valable. Il a estimé que l'obligation de quitter le territoire français ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'Homme, compte tenu de la courte durée de séjour de l'intéressé et de l'absence de preuve de validation d'études ou de renouvellement de son titre de séjour. La solution s'appuie sur les articles L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er novembre 2024, M. C A, représenté par Me Dabbaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer à titre principal, une autorisation provisoire au séjour portant la mention " étudiant " et ce dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire et sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte était incompétent ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa présence en France depuis 2 ans et ses intérêts familiaux et universitaires ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation ;

- le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. Sauveplane a été entendu. Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité marocaine né le 29 août 2004 à Casablanca (Maroc), est entré en France en 2022 et a obtenu un titre de séjour étudiant valable jusqu'au 19 février 2024. Par un arrêté du 7 octobre 2024, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme D B, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, qui disposait à cet effet d'une délégation, en vertu d'un arrêté de délégation du 24 octobre 2024, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté mentionne, au visa notamment de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. A est revenu sur le territoire français sans demander le renouvellement de son titre de séjour étudiant et qu'il est donc en situation irrégulière et qu'il peut donc faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, la décision, qui contient la mention des circonstances de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; "

5. Il est constant que M. A s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de son titre de séjour étudiant sans en demander le renouvellement. Par suite, le préfet du Nord a pu, sans commettre d'erreur de droit, l'obliger à quitter le territoire français.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans enfant, n'est présent en France que depuis le 5 septembre 2022 et, s'il a obtenu un titre de séjour étudiant du 20 février 2023 au 19 février 2024, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait validé une année d'étude. Il est constant qu'il n'a pas demandé le renouvellement de ce titre de séjour à l'expiration de ce dernier. Si son oncle maternel réside en France, le reste de sa famille est resté au Maroc. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Nord n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " A ceux de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; "

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " A ceux de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

11. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

12. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. En premier lieu, pour motiver l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée à l'encontre de M. A, le préfet du Nord, après avoir cité les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est fondé sur les conditions de son entrée et de son séjour en France, sur la circonstance qu'il n'avait pas fait l'objet précédemment de mesure d'éloignement et de sa situation familiale. Par suite, la décision est suffisamment motivée.

14. En second lieu, M. A n'est présent en France que depuis le 5 septembre 2022 et si son oncle maternel réside en France, le reste de sa famille est resté au Maroc. Par suite, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de M. A, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Nord portant obligation de quitter le territoire français. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Wyss, président de la juridiction,

- M. Sauveplane, président-assesseur,

- Mme E, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2025.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

Le président de la juridiction,

J.P. Wyss

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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