Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 novembre 2024 et 6 mars 2025, les SCI Tovats, Allobroges et Cogeco, représentées par Me Potronnat, demandent au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 16 mai 2024 par lequel le maire de la commune de Crest-Voland a délivré à la société MGM un permis de construire trois bâtiments comportant treize logements sur les parcelles cadastrées section A n° 4067 et 4070, ainsi que la décision implicite née le 15 septembre 2024 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Crest-Voland la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
la requête n’est pas tardive, le recours contentieux a été notifié en application de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme et elles justifient d’un intérêt à agir à l’encontre des décisions attaquées au sens de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme ;
la signataire de l’arrêté attaqué ne disposait pas d’une délégation régulière ;
le permis attaqué méconnaît les dispositions des articles UAB 2.1.1 du règlement du plan local d’urbanisme et R. 111-27 du code de l’urbanisme ;
il méconnaît les dispositions des articles UAB 2.1.2 et UAB 2.3.3 du même règlement ;
il méconnaît les dispositions de l’article UAB 2.1.3 du même règlement ;
il méconnaît les dispositions de l’article UAB 2.2 du même règlement ;
il méconnaît les dispositions de l’article UAB 3.1 du même règlement ;
il méconnaît les dispositions de l’article R. 162-1 du code de la construction et de l’habitation.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 janvier 2025, la SAS MGM, représentée par Me Planchet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes la somme de 3 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.
Par des mémoires en défense enregistrés les 23 janvier et 10 avril 2025, la commune de Crest-Voland, représentée par Me Salamand et Me Delzanno, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
les requérantes ne justifient pas d’un intérêt à agir contre l’arrêté attaqué au regard des dispositions de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme ;
aucun des moyens soulevés n’est fondé.
Par un mémoire enregistré le 6 mars 2025, la SCI Cogeco déclare se désister purement et simplement de ses conclusions.
Par courrier du 9 décembre 2025, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité de mettre en œuvre l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme en vue de régulariser l’arrêté du 16 mai 2024 s’agissant de la méconnaissance de l’article UAB 2.1.2 du règlement du plan local d’urbanisme applicable.
En réponse à ce courrier, la commune de Crest-Voland a produit des observations le 15 décembre 2025, qui n’ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code général des collectivités territoriales ;
le code de l’urbanisme ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal a, en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, désigné Mme Beytout, première conseillère, pour exercer temporairement les fonctions de présidente de la 5ème chambre en cas d’absence de sa présidente.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme André,
les conclusions de Mme A...,
les observations de Me Vallée pour les sociétés requérantes, celles de Me Sebbar pour la commune de Crest-Voland et celles de Me Levanti pour la société MGM.
Considérant ce qui suit :
Par arrêté du 16 mai 2024, le maire de Crest-Voland a délivré un permis de construire à la société MGM pour la démolition d’un chalet existant et la réalisation de trois bâtiments comprenant treize logements sur les parcelles cadastrées section A n° 4067 et 4070. Les sociétés requérantes ont formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été implicitement rejeté le 15 septembre 2024. Elles demandent désormais au tribunal l’annulation de ces deux décisions.
Sur le désistement :
Le désistement de la société Cogeco étant pur et simple, rien ne s’oppose à ce qu’il en soit donné acte.
Sur la fin de non-recevoir :
L’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme subordonne l’intérêt pour agir d’une personne physique à l’encontre d’une autorisation d’urbanisme à la condition que cette décision soit « de nature à affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance du bien qu’elle détient ou occupe régulièrement ».
Il résulte de ces dispositions qu’il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d’un recours pour excès de pouvoir tendant à l’annulation d’un permis de construire, de démolir ou d’aménager, de préciser l’atteinte qu’il invoque pour justifier d’un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d’affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s’il entend contester l’intérêt à agir du requérant, d’apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l’excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu’il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l’auteur du recours qu’il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu’il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d’un intérêt à agir lorsqu’il fait état devant le juge, qui statue au vu de l’ensemble des pièces du dossier, d’éléments relatifs à la nature, à l’importance ou à la localisation du projet de construction.
Les sociétés Allobroges et Tovats justifient chacune être propriétaire d’une parcelle supportant un chalet soit directement contiguë au terrain d’assiette du projet soit séparée de celui-ci par un simple chemin. Le projet litigieux emporte le remplacement d’une maison individuelle par trois chalets collectifs de treize logements ainsi que la suppression de la végétation masquant la construction existante au sud et à l’ouest du terrain d’assiette du projet. Eu égard à leur qualité de voisines immédiates du projet, ainsi qu’à l’importance de ce dernier, qui est de nature à impacter leur cadre de vie, les sociétés requérantes justifient d’un intérêt à agir contre le permis de construire litigieux au sens des dispositions de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme.
Sur la légalité du permis de construire litigieux :
En ce qui concerne la compétence du signataire de l’arrêté :
Aux termes de l’article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : « Le maire est seul chargé de l’administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal (…) ». Aux termes de l’article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : « I. — Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu’ils ont été portés à la connaissance des intéressés dans les conditions prévues au présent article et, pour les actes mentionnés à l’article L. 2131-2, qu’il a été procédé à la transmission au représentant de l’État dans le département (…) / Le maire peut, sous sa responsabilité, certifier le caractère exécutoire d’un acte. / (…) / III. — Les actes réglementaires et les décisions ne présentant ni un caractère réglementaire, ni un caractère individuel font l’objet d’une publication sous forme électronique, dans des conditions fixées par décret en Conseil d’État, de nature à garantir leur authenticité et à assurer leur mise à disposition du public de manière permanente et gratuite. / IV. — Par dérogation aux dispositions du III, dans les communes de moins de 3 500 habitants, les actes réglementaires et les décisions ni réglementaires, ni individuelles sont rendus publics : 1° Soit par affichage ; 2° Soit par publication sur papier, dans des conditions fixées par décret en Conseil d’État ; 3° Soit par publication sous forme électronique, dans les conditions prévues au III. (…) ».
Les arrêtés des maires accordant des délégations à des adjoints constituent des actes de portée générale qui, eu égard à leur caractère réglementaire, doivent faire l’objet de mesures de publicité par affichage ou publication au recueil des actes administratifs et qui doivent être transmis au représentant de l’Etat en application des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales.
L’arrêté attaqué du 16 mai 2024 a été signé par Mme C... B..., adjointe au maire, qui bénéficie d’une délégation en matière d’urbanisme consentie par un arrêté du maire de Crest-Voland du 28 juillet 2020. Le maire a attesté que l’arrêté de délégation a, d’une part, été affiché en mairie et publié sur son site Internet du 29 juillet au 29 septembre 2020 et, d’autre part, été transmis au contrôle de légalité le 29 juillet 2020. Ces mentions ne sont pas contredites par les sociétés requérantes. Ainsi, l’arrêté de délégation était exécutoire à la date de l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne l’insertion du projet :
Aux termes de l’article UAB 2.1 du règlement du plan local d’urbanisme de Crest-Voland : « 2.1.1. Volumétrie / Les constructions doivent présenter un volume harmonieux et devront s’organiser dans leur conception avec le contexte environnant. / (…) / 2.1.4. Densité minimum / En zones Ua et Ub, les tènements devront respecter une densité minimum de 2 logements à partir de 650 m² de foncier. Il sera exigé un logement supplémentaire par tranche de 650 m² supplémentaire ». Aux termes de l’article UAB 2.2 du même règlement : « Rappel : L’article R. 111-27 du code de l’urbanisme s’applique : « Le projet peut être refusé ou n’être accepté que sous réserve de l’observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l’aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales. » / (…) / 2.2.1. Intégration des constructions / Les constructions doivent rechercher la meilleure adaptation à la pente en tenant compte de la topographie afin de ne pas nécessiter d’importants terrassements. / (…) / 2.2.2. Les façades / Les constructions devront avoir un soubassement en maçonnerie ou en pierre et le reste du bâtiment en bois. Il est encouragé une alternance de bardages horizontaux et verticaux pour limiter la monotonie des façades. / Les enduits doivent être de ton jaune sable. Le blanc pur et toute polychromie sont interdits. Les couleurs doivent être indiquées sur les plans du permis de construire. / (…) Pour toute construction neuve, il est demandé de composer des volumes et des façades dont les proportions ne soient pas en rupture avec celles des constructions traditionnelles existantes à proximité, notamment dans les proportions des ouvertures et l’emploi des matériaux en façade. / (…) Le bardage pourra être d’aspect bois de teinte naturelle. (…) ». Aux termes de l’article UAB 2.3 du même règlement : « 2.3.1. Espaces libres et paysagers / Les constructions nouvelles doivent être intégrées dans l’environnement et le paysage. / Les espaces non dédiés au stationnement doivent être perméables et aménagés en espaces verts et entretenus. / Pour les nouvelles constructions, une surface libre de toute occupation correspondant à 1/3 de la surface des parkings non couverts et des voiries devra permettre le stockage de la neige sur la parcelle. Cette surface devra figurer sur le plan de masse et sa position sera cohérente par rapport aux contraintes des engins de déneigement. / Les abords des constructions seront de préférence ouverts et végétalisés. Les plantations devront être de type champêtre et composées d’essences locales existant naturellement sur la commune. (…) / 2.3.3. Les mouvements de terrains / La recherche de la meilleure orientation et de la meilleure accroche au terrain sera faite, en évitant des terrassements importants nuisibles à la préservation des paysages. Tout terrassement devra être optimisé et faire l’objet de mesures de réhabilitation par apport de terre végétale et réengazonnement. Les talus de terre doivent respecter une pente maximum de 67 %. / Le terrain fini après travaux doit retrouver le terrain naturel en limite séparative, excepté pour la desserte de la construction. / Les murs de soutènement en enrochement sont tolérés sous réserve que leur hauteur ne dépasse pas 2,5 m et qu’ils soient intégrés dans l’environnement existant. (…) ».
Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme ou du règlement d’un plan local d’urbanisme ayant le même objet et dont les exigences ne sont pas moindres, au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l’autorité administrative d’apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d’évaluer, dans un second temps, l’impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
Il ressort des pièces du dossier que le terrain d’assiette du projet s’inscrit au sein d’une zone bâtie. Le projet ne crée donc pas de rupture visuelle entre la zone urbaine et les zones agricoles et naturelles situées de l’autre côté de l’habitat avoisinant qui l’entoure. En outre, le secteur d’implantation du projet accueille un bâti diffus composé essentiellement de chalets individuels et de bâtiments de logements collectifs en R+2+combles ou R+3 présentant plusieurs volumes. Ces constructions, avec des toitures à deux pans, présentent des façades parées, au moins partiellement, de bois ainsi que des soubassements en enduit clair ou en pierre. Plusieurs bâtiments de logements collectifs, situés au sud-ouest du terrain d’assiette, présentent un linéaire similaire à celui de l’ensemble immobilier projeté. Compte tenu de son découpage en trois volumes dans le sens de la pente, des matériaux utilisés, de sa destination et des toitures à deux pans, la construction projetée n’est pas de nature à porter atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants. Par ailleurs, les terrassements sont limités, les espaces dédiés au stationnement, en pavés végétalisés, sont perméables, les voies internes limitées à la partie nord du terrain d’assiette tandis que les abords de la construction sont végétalisés. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des articles UAB 2.1.1, UAB 2.2 et UAB 2.3.1 du règlement du plan local d’urbanisme et R. 111-27 du code de l’urbanisme doivent être écartés.
En ce qui concerne la hauteur :
Aux termes de l’article UAB 2.1.2 du règlement du plan local d’urbanisme de Crest-Voland : « En Ua et Ub : La hauteur maximale des constructions à l’égout de toiture est fixée à 7,5 mètres maximum par rapport au terrain après travaux au plus défavorable et R+2+combles. / En cas de sous-sol : - celui-ci devra être entièrement enterré. - la hauteur totale du sous-sol sera sous le terrain naturel et une seule entrée sera visible et possible. - l’accès au parking ne pourra pas être interprété comme un niveau supplémentaire dans le calcul du R+2+combles, ni être comptabilisé dans le calcul de la hauteur (…) ».
Contrairement à ce que soutiennent les sociétés requérantes, il résulte des dispositions précitées et du schéma les explicitant que la hauteur ne s’apprécie pas, pour tout point de l’égout de toiture, par rapport à la cote altimétrique la plus défavorable du terrain d’assiette du projet mais entre l’égout du toit et le point du terrain situé à son aplomb après travaux, au point le plus défavorable.
En revanche, il ressort des plans de coupe et de façades que, d’une part, plusieurs entrées seront visibles en façades nord et ouest et que, d’autre part, le niveau 0 n’est pas entièrement enterré et constitue d’ailleurs un rez-de-jardin en façade ouest. Ce niveau doit dès lors être comptabilisé dans le calcul de la hauteur, qui dépasse 7,5 mètres à l’aplomb de l’égout de toiture en façade nord. Par suite, les sociétés requérantes sont fondées à soutenir que l’arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l’article UAB 2.1.2 du règlement du plan local d’urbanisme de Crest-Voland.
En ce qui concerne l’implantation des constructions :
Aux termes de l’article UAB 2.1.3 du règlement du plan local d’urbanisme de Crest-Voland : « 2.1.3. Implantation des constructions / Il n’est pas imposé de prescriptions particulières toutefois : - l’implantation des nouvelles constructions doit minimiser les effets de masques solaires entre les différentes constructions pour maintenir des apports solaires en hiver et à l’intersaison sur les façades / (…) - Implantation par rapport aux voies et emprises publiques / (…) La pente maximale autorisée au niveau des accès sur la voirie départementale sera limitée à 2 % sur les 5 derniers mètres (…) ».
D’une part, contrairement à ce que soutiennent les sociétés requérantes, les dispositions citées au point précédent n’interdisent pas les masques solaires mais préconisent que les nouveaux bâtiments soient conçus et placés de manière à ne pas créer d’ombre importante sur les autres constructions. Les requérantes n’établissent ni même n’allèguent que l’ensemble immobilier projeté produirait un masque solaire suffisamment important pour caractériser une atteinte à l’égard des constructions existantes dans l’environnement proche. En outre et en tout état de cause, elles n’établissent pas davantage l’existence d’un masque solaire de nature à obérer tout apport lumineux sur les façades des trois chalets constituant le projet lui-même.
D’autre part, il n’est pas contesté que la route de la Grange ne constitue pas une voie départementale. Il s’ensuit que les sociétés requérantes ne peuvent utilement soutenir que la pente au niveau de l’accès sur la voirie du projet excède 2 % sur les 5 derniers mètres.
Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article UAB 2.1.3 du règlement du plan local d’urbanisme de Crest-Voland doit être écarté en ses deux branches.
En ce qui concerne l’accès et la desserte :
En premier lieu, il résulte des dispositions de l’article L. 421-6 du code de l’urbanisme que le permis de construire a seulement pour objet de vérifier la conformité du projet aux règles d’urbanisme et non, en principe, sa conformité aux autres règlementations, dont celle résultant du code de la construction et de l’habitation, hors du cas, notamment, des établissements recevant du public et des immeubles de grande hauteur, mentionnés aux articles L. 425-2 et L. 425-3 du code de l’urbanisme.
En l’espèce, les travaux autorisés par le permis de construire ne conduisant ni à la création d’un établissement recevant du public ni un immeuble de grande hauteur, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 272-1 du code de la sécurité intérieure doit être écarté comme inopérant.
En second lieu, aux termes de l’article UAB 3.1 du règlement du plan local d’urbanisme de Crest-Voland : « 3.1.1. Les accès : Les accès doivent être adaptés à l’opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation et aux stationnements. / Les caractéristiques des accès doivent répondre aux règles minimales de desserte : défense contre l’incendie, protection civile, brancardage, déneigement (à l’exception des constructions situées à moins de 100 mètres d’une voirie déneigée), … / Les accès directs à la voie publique susceptibles de perturber la circulation peuvent être subordonnés à des dispositions particulières, notamment celles imposant un seul point d’accès commun à plusieurs parcelles. / 3.1.2. La voirie : Les voies publiques ou privées doivent être aménagées afin de permettre le passage et la manœuvre des véhicules des services publics. / Les dimensions, formes et caractéristiques techniques des voies nouvelles doivent être adaptées aux usages qu’elles supportent et aux opérations qu’elles doivent desservir sans oublier les chemins piétons. / En cas de création d’une ou plusieurs voies de desserte celles-ci devront être aménagées, si elles se terminent en impasse, de telle sorte que les véhicules de services puissent se retourner ».
Les voies publiques ou privées auxquelles s’appliquent ces dispositions sont les voies nouvelles qui desservent le terrain d’assiette du projet et non les voies internes au dit projet. Les requérantes ne peuvent ainsi utilement invoquer l’étroitesse des voies internes ou l’absence d’une voie interne permettant d’accéder au chalet n° 2. En outre, le projet est desservi par la route de la Grange qui dessert déjà de nombreuses constructions et présente une largeur supérieure à 5,5 mètres. Compte tenu de ses dimensions, elle permet l’accès des engins de déneigement, de secours et de lutte contre l’incendie jusqu’au terrain d’assiette du projet ainsi que la circulation et le croisement des véhicules automobiles. En outre, l’accès donnant sur cette voie, d’une largeur totale de 15,5 mètres, offre, malgré les murets séparant les voies internes, une vue dégagée permettant une insertion sécurisée des véhicules dans la circulation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article UAB 3.1 du règlement du plan local d’urbanisme de Crest-Voland doit être écarté.
En ce qui concerne l’accessibilité :
Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 20, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article R. 162-1 du code de la construction et de l’habitation et de la circulaire n° GDUHC 2007-53 relative à l’accessibilité des bâtiments d’habitation doit être écarté comme inopérant.
Sur les conséquences de l’illégalité relevée :
Aux termes de l’article L. 600-5 du code de l’urbanisme : « Sans préjudice de la mise en œuvre de l’article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire (…), estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu’un vice n’affectant qu’une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l’annulation qu’il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l’autorisation pourra en demander la régularisation, même après l’achèvement des travaux. (…) ».
Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l’autorisation d’urbanisme dont l’annulation est demandée, sont susceptibles d’être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l’autorisation d’urbanisme. Le juge n’est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d’une part, si les conditions de l’article L. 600‑5 du code de l’urbanisme sont réunies et qu’il fait le choix d’y recourir, d’autre part, si le bénéficiaire de l’autorisation lui a indiqué qu’il ne souhaitait pas bénéficier d’une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien‑fondé de l’autorisation d’urbanisme est susceptible d’être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l’économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d’urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n’implique pas d’apporter à ce projet un bouleversement tel qu’il en changerait la nature même.
En l’espèce, le vice relevé au point 14 du présent jugement est susceptible d’être régularisé dès lors que les modifications à envisager sont limitées à une partie identifiable du projet et ne lui apportent pas un bouleversement tel qu’elles en changeraient la nature même. Il y a lieu dès lors d’annuler le permis de construire litigieux du 16 mai 2024 uniquement en tant qu’il autorise la réalisation d’un ensemble immobilier qui méconnaît l’article UAB 2.1.2 du règlement du plan local d’urbanisme. La décision de rejet du recours gracieux formé par les sociétés requérantes doit être annulée dans la même mesure. Il y a par ailleurs lieu de fixer un délai de quatre mois dans lequel la société MGM pourra demander la régularisation du projet.
Sur les frais d’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes, qui ne sont pas partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la société MGM et la commune de Crest-Voland et non compris dans les dépens.
Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Crest-Voland une somme de 1 500 euros à verser aux SCI Tovats et Allobroges au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :
Il est donné acte du désistement de la société Cogeco.
Article 2 :
L’arrêté du 16 mai 2024 est annulé en tant qu’il autorise un projet qui méconnaît l’article UAB 2.1.2 du règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Crest-Voland. La décision du 15 septembre 2024 est annulée dans la même mesure. Un délai de quatre mois est accordé à la société MGM pour demander la régularisation du projet.
Article 3 :
La commune de Crest-Voland versera aux SCI Tovats et Allobroges une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :
Les conclusions présentées par la commune de Crest-Voland et la société MGM au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative dont rejetées.
Article 5 :
Le présent jugement sera notifié à la SCI Tovats, à la commune de Crest-Voland et à la SAS MGM.
Délibéré après l’audience du 16 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Beytout, première conseillère faisant fonction de présidente,
Mme Holzem, première conseillère,
Mme André, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2026.
La rapporteure,
V. André
La première conseillère
faisant fonction de présidente,
E. Beytout
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.