Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408588

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTERRASSON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a constaté que la délivrance par le préfet de l'Isère, en cours d'instance, d'une attestation de prolongation d'instruction de la demande de titre de séjour de M. A avait implicitement rapporté la décision implicite de rejet contestée. Par conséquent, les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête ont été privées d'objet. Le tribunal a toutefois admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2024, M. C A, représenté par Me Terrasson, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " et toute décision expresse qui s'y substituerait ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal, de lui délivrer provisoirement un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de l'ordonnance à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours suivant la notification de l'ordonnance, sous astreinte définitive de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, après lui avoir délivré une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours suivant la notification de l'ordonnance, sous astreinte définitive de 50 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation dans délai de deux mois à compter de l'ordonnance ;

4°) de mettre à la charge du préfet de l'Isère une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, à lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision en litige le place dans une situation de précarité administrative, sociale et professionnelle, son contrat jeune majeur avec le département de l'Isère prenant fin le 31 décembre 2024 ; le juge du fond ne sera pas en mesure de statuer avant que la décision ait produit des effets préjudiciables ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision en litige :

*elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

*elle est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'il a délivré une attestation de prolongation d'instruction, ce qui a pour effet de rouvrir l'instruction de la demande de l'intéressé qui ne justifie pas de quelconques diligences infructueuses tendant à se voir délivrer une attestation de prolongation d'instruction.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2408587 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Au cours de l'audience publique tenue le 20 novembre 2024 en présence de M. Muller, greffier d'audience, Mme B a lu son rapport et :

- informé les parties que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur le moyen, relevé d'office, tiré de ce que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête se trouvent privées d'objet, l'attestation de prolongation d'instruction délivrée au requérant en cours d'instance a eu implicitement mais nécessairement pour effet de rouvrir l'instruction de sa demande de titre de séjour et de rapporter la décision implicite de rejet en litige ;

- entendu les observations de Me Terrasson pour M. A.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension d'exécution :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. () Lorsque l'étranger mentionné aux 2°, 3° ou 4° de l'article R. 431-5 a déposé une demande complète dans le respect du délai auquel il est soumis, le préfet est tenu de mettre à sa disposition via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise ".

4. Il résulte de l'instruction que le préfet de l'Isère a délivré au requérant en cours d'instance une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour valable du 13 novembre 2024 au 12 février 2025. Cette attestation a eu implicitement mais nécessairement pour effet de rouvrir l'instruction de la demande de titre de séjour M. A déposée le 18 avril 2024 et, par suite, de rapporter la décision implicite de rejet de celle-ci. Il suit de là que les conclusions de la requête tendant à la suspension de cette décision et les conclusions de la requête à fin d'injonction sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais de procès :

5. M. A bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros à verser à Me Terrasson sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à M. A.

O R D O N N E

Article 1er :M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A à fin de suspension de l'exécution du refus implicite de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ainsi que les conclusions à fin d'injonction.

Article 3 :

L'Etat versera une somme de 600 euros à Me Terrasson sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à M. A.

Article 4 :

Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Terrasson et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 2 décembre 2024.

La juge des référés,

A. B

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2408588