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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2408817

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408817

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL ITINERAIRES AVOCATS- CADOZ- LACROIX- REY- VERNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 et 28 novembre 2024, Mme F A et M. H A ainsi que Mme C A et M. E A, représentés par Me Mollion, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution du permis de construire délivré le 8 juin 2023 par le maire de Montvalezan à M. B ;

2°) de condamner la commune de Montvalezan comme M. B à leur verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- le dossier de demande est incomplet au regard de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme en l'absence de plan de coupe des deux constructions et d'un document graphique d'insertion portant sur la remise ;

- le projet ne comporte aucun accès, en contradiction avec l'article UA3 du plan local d'urbanisme et le dossier est entaché de fraude en tant qu'il mentionne un accès ;

- le traitement des eaux pluviales n'est pas conforme à l'article UA4 en entraînant une augmentation des rejets dans le réseau public ;

- l'implantation de la remise n'est pas conforme à l'article UA7 et sa modification entraîne une aggravation de cette non-conformité ;

- la surélévation de la remise est réalisée en violation de l'article UA9 ;

- la hauteur de la remise excède celle autorisée par l'article UA10 ;

- deux places de stationnement devaient être réalisées en application de l'article UA12 ; le projet est irrégulier en tant qu'il comporte des places de stationnement en zone Ape ; il n'existait pas d'impossibilité technique de couvrir les places.

Par un mémoire enregistré le 25 novembre 2024, la commune de Montvalezan, représentée par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable à défaut d'intérêt pour agir ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens n'est sérieux.

Par un mémoire enregistré le 28 novembre 2024, M. G B, représenté par Me Philippe, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable à défaut d'intérêt pour agir ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens n'est sérieux ;

- subsidiairement, la suspension devra être limitée aux seuls griefs retenus.

Vu :

- la décision du président du tribunal désignant M. D, magistrat honoraire, comme juge des référés ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2307859 ;

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 28 novembre 2024 à 14 heures, au cours de laquelle ont été entendus Me Martin ainsi que M. H A pour les requérants, Me Ollier pour la commune de Montvalezan et Me Debris pour M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de suspension d'exécution :

1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

- En ce qui concerne la recevabilité :

2. Il résulte de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

3. Le projet en litige consiste en l'extension de 23 m² d'une maison d'une surface de plancher de 126 m² édifiée sur la parcelle C1106 et la réhabilitation d'une " remise " cadastrée C1105. Les requérants, qui sont soit nus-propriétaires soit usufruitiers du bâtiment édifié sur la parcelle C571, auquel est adossé le bâtiment dénommé " remise " dans le dossier de demande et qui est contigu à la parcelle C1106, ont donc la qualité de voisins immédiats du projet. Ils font état notamment de la perte de vue que va occasionner l'extension autorisée. Le fait que le projet dans son ensemble est d'une importance très mesurée ne leur retire pas leur intérêt pour agir. Ils apparaissent ainsi recevables à demander l'annulation du permis de construire en litige.

- En ce qui concerne l'urgence :

4. La construction d'un bâtiment autorisée par un permis de construire présente un caractère difficilement réversible. Par suite, lorsque la suspension de l'exécution d'un permis de construire est demandée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Si cette présomption n'est pas irréfragable, le seul fait que les travaux autorisés est de faible importance ne constitue pas une circonstance particulière de nature à la renverser.

5. De même, le fait que la présente requête a été enregistrée près d'un an après le recours en annulation est indifférente pour l'appréciation de l'urgence.

6. Enfin, il ne peut être tenu compte, comme invoqué à l'audience, de l'impossibilité de réaliser les travaux à court terme, comme tenu de la période hivernale ou de l'engagement du pétitionnaire de différer ceux-ci dans l'attente d'un jugement au fond dès lors que l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme limite dans le temps la possibilité de former une demande de suspension et que toute demande ultérieure en ce sens serait irrecevable.

7. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence est remplie.

- En ce qui concerne les moyens soulevés :

8. S'agissant de l'extension autorisée sur la parcelle C1106, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UA4 (point 2.2) du plan local d'urbanisme est propre à créer un doute sérieux sur la légalité du permis de construire dans la mesure où le projet entraîne une augmentation -même si elle est minime- du volume d'eaux pluviales rejetée dans le réseau public sans qu'il soit justifié d'une impossibilité d'infiltration sur le terrain. Présente le même caractère le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UA12 (points 0.2 et 1.1) relatif au stationnement dès lors que l'arrêté autorise une extension avec création de surface de plancher sur une construction qui n'est pas conforme au règlement et a donc pour effet d'aggraver cette méconnaissance.

9. S'agissant en revanche des travaux à réaliser sur le bâtiment cadastré C1105, aucun des moyens n'apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de leur autorisation. En particulier, de par ses caractéristiques actuelles, ce bâtiment ne peut être regardé comme une " annexe " pour l'application de l'article UA10, même s'il est qualifié de " remise " dans le dossier de demande de permis de construire.

- En ce qui concerne l'étendue de la suspension d'exécution :

10. Eu égard à ce qui a été dit et dès lors que les deux aspects du projet autorisé sont dissociables, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution du permis de construire du 8 juin 2023 uniquement en tant qu'il autorise une extension du bâtiment implanté sur la parcelle C1106.

Sur les frais d'instance :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Montvalezan et M. B doivent dès lors être rejetées.

12. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Montvalezan une somme de 1 000 euros à verser aux requérants en application de ces dispositions. Il n'y a pas lieu, en revanche, de faire droit aux conclusions tendant à la condamnation de M. B à ce même titre.

O R D O N N E

Article 1er :L'exécution du permis de construire du 8 juin 2023 est suspendue en tant qu'il autorise une extension du bâtiment implanté sur la parcelle C1106.

Article 2 :La commune de Montvalezan versera aux requérants une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à M. H A, à la commune de Montvalezan et à M. G B.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Albertville.

Fait à Grenoble, le 2 décembre 2024.

Le juge des référés,

C. D

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2408817

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