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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2408932

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408932

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a été saisi par un détenu pour contester la saisie d'un courrier adressé à son avocat et le refus de restitution de sa correspondance. Le juge a rappelé que, selon les articles L. 345-4 et R. 345-8 du code pénitentiaire, les échanges entre un détenu et son défenseur sont protégés et ne peuvent être ni contrôlés ni retenus. En l'espèce, la décision de retenir le courrier a été jugée illégale car elle portait atteinte au secret des correspondances avec l'avocat, sans que l'administration ait démontré une menace grave pour l'ordre ou la sécurité. La suspension de la décision de saisie et l'injonction de restitution ont été ordonnées, avec une astreinte de 100 euros par jour de retard, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2024, M. A B, représenté par la SCP Themis avocats et associés, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 23 octobre 2024 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Valence a ordonné la saisie d'un courrier qu'il a adressé à son avocat, ensemble la décision du 29 octobre 2024 par laquelle la même autorité a refusé de lui restituer l'ensemble de sa correspondance avec son avocat ainsi que les biens confisqués et placés à son vestiaire ;

3°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire de Valence de lui restituer les correspondances adressées par son avocat, ainsi que les biens confisqués et placés à son vestiaire, et d'envoyer à son avocat le courrier qu'il avait rédigé et qui a été saisi le 23 octobre 2024, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée le 18 novembre 2024 sous le n° 2408933 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. L'Hôte, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 5 décembre 2024, à 10 heures, à laquelle aucune partie n'a été présente ni représentée.

Les parties ont été informées que la clôture de l'instruction a été reportée à 14 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Compte tenu de l'urgence qu'il y a à statuer sur le recours de M. B, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

Sur la décision du 23 octobre 2024 portant rétention d'un courrier adressé à l'avocat du requérant :

4. Aux termes de l'article L. 345-3 du code pénitentiaire : " Le courrier adressé ou reçu par les personnes détenues peut être contrôlé et retenu par l'administration pénitentiaire lorsque cette correspondance paraît compromettre gravement leur réinsertion ou le maintien du bon ordre et la sécurité. En outre, le courrier adressé ou reçu par les personnes prévenues est communiqué à l'autorité judiciaire selon les modalités qu'elle détermine. / Lorsque l'administration pénitentiaire décide de retenir le courrier d'une personne détenue, elle lui notifie sa décision. ". Aux termes de l'article L. 345-4 du même code : " Ne peuvent être ni contrôlées ni retenues les correspondances échangées entre les personnes détenues et : / 1° Leur défenseur () ". Aux termes de l'article R. 345-5 de ce code : " La décision de retenir une correspondance écrite, reçue ou expédiée, est notifiée à la personne détenue par le chef de l'établissement pénitentiaire au plus tard dans les trois jours. Lorsque la décision concerne une personne condamnée, le chef de l'établissement en informe la commission de l'application des peines. () / La correspondance retenue est déposée dans le dossier individuel de la personne détenue. Elle lui est remise lors de sa libération. ". Aux termes de l'article R. 345-8 du code : " Les personnes détenues correspondent avec leur défenseur et avec les aumôniers agréés de l'établissement sous pli fermé. ".

5. Il résulte de l'instruction que le 23 octobre 2024, M. B, détenu au centre pénitentiaire de Valence, a souhaité consulter son dossier pénal déposé au greffe de l'établissement et s'est présenté muni d'un bloc-notes et d'une enveloppe non scellée. Au moment de quitter la salle, un surveillant a constaté, d'une part, que l'enveloppe était désormais scellée et libellée au nom de son conseil, Me Ciaudo, et d'autre part, après vérification, que les pages 3 et 4 de l'arrêt de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Chambéry du 3 août 2023 étaient absentes du dossier pénal de l'intéressé. Dans la mesure où M. B était seul dans la salle et alors qu'il avait déjà dérobé des documents de son dossier pénal retrouvés dans sa cellule lors d'une fouille le 30 septembre 2024, l'administration pénitentiaire a soupçonné un nouveau vol de documents et a décidé de retenir, à titre conservatoire, le courrier en cause. La cheffe d'établissement en a immédiatement informé M. B par une décision notifiée à 13 heures 10, après avoir placé, en sa présence, l'enveloppe litigieuse dans une enveloppe plus grande, scellée et déposée dans un coffre. Parallèlement, elle a adressé à 15 heures 55 un courriel au bâtonnier de l'ordre des avocats de la Drôme lui demandant ses instructions sur les modalités permettant de lever la suspicion sans entraver les droits de la défense, auquel il a été répondu le 24 octobre suivant, à 12 heures 31, que la demande était transmise au bâtonnier de Dijon, compte tenu du lieu d'exercice de Me Ciaudo. Le garde des sceaux, ministre de la justice fait valoir en défense qu'à la date de la présente audience, aucune réponse n'a été donnée et l'enveloppe scellée est toujours dans le coffre de la cheffe d'établissement.

6. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision de rétention de ce courrier, M. B fait valoir que cette mesure le prive de la possibilité d'échanger par écrit avec son avocat et qu'il a été empêché d'informer son conseil de faits pour lesquels il souhaitait défendre ses droits devant la juridiction administrative. Toutefois, contrairement à ce qu'il soutient, la rétention à titre conservatoire du courrier en litige ne le prive pas de la faculté d'échanger par écrit avec son conseil, ni de l'informer de faits qui seraient susceptibles de donner lieu à un recours devant la juridiction administrative. Si, en application des dispositions de l'article L. 345-4 du code pénitentiaire, le secret des correspondances entre un détenu et son avocat fait l'objet d'une protection à laquelle l'administration pénitentiaire ne peut en principe légalement porter atteinte, il résulte des circonstances particulières de l'espèce, telles qu'énoncées au point précédent et dont la réalité n'est pas sérieusement contestée, que les agents du centre pénitentiaire de Valence étaient légitimes à soupçonner un nouveau vol de documents dans le dossier pénal du requérant. En outre, l'administration pénitentiaire a pris, dans un très bref délai, les mesures nécessaires pour que le contenu de l'enveloppe litigieuse puisse être vérifié dans des conditions respectueuses du secret des correspondances entre un détenu et son avocat et ainsi, ne pas porter une atteinte excessive aux droits de la défense. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire et notamment de l'intérêt public tenant à ce que soit préservée l'intégrité du dossier pénal de l'intéressé déposé au greffe de l'établissement pénitentiaire, M. B ne justifie pas que l'exécution de la décision de rétention qu'il conteste porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à son droit de correspondre de manière confidentielle avec son conseil.

Sur la décision du 29 octobre 2024 portant refus de restituer la correspondance et les biens confisqués et placés au vestiaire :

7. Le requérant ne fait valoir aucun élément de nature à justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision du 29 octobre 2024 par laquelle la cheffe du centre pénitentiaire de Valence a refusé de lui restituer sa correspondance et ses biens confisqués et placés à son vestiaire.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, à la SCP Themis avocats et associés et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Grenoble, le 6 décembre 2024.

Le juge des référés,

V. L'HÔTE

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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