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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2409021

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409021

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409021
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 et 27 novembre 2024, M. D C, représenté par Me Schürmann, doit être regardé comme demandant au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ou, à tout le moins, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'absence prolongée de réponse de l'administration le place dans une situation de précarité, de détresse psychologique et d'insécurité ; le récépissé de demande de titre de séjour qui lui a été délivré ne l'autorise pas à travailler alors qu'il a suivi une formation professionnalisante et ne remet pas en cause l'urgence à statuer ; il est porté atteinte à sa liberté d'aller et venir ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision en litige :

*elle est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

*elle méconnaît l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

*elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

*elle méconnaît les articles L. 423-21 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucune atteinte grave et manifestement illégale ne peut être relevée dès lors qu'il a délivré un récépissé de demande de titre de séjour à M. C valable jusqu'au 22 janvier 2025, ce qui a pour effet de maintenir ouvert l'instruction du dossier de l'intéressé et qui a pour effet de reporter la décision implicite de rejet.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2409020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 28 novembre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Bedelet, juge des référés ;

- les observations de Me Schürmann pour M. C qui déclare se désister de ses conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un titre de séjour.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le désistement partiel :

2. Le conseil de M. C a déclaré lors de l'audience publique que celui-ci se désiste purement et simplement de ses conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un titre de séjour. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur la demande de suspension d'exécution :

3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

5. Il résulte de l'instruction que M. C est entré en France après l'âge de treize ans. Il a été scolarisé du 12 février 2019 au 31 août 2020 puis de septembre 2021 à août 2024 et indique, sans être contredit, avoir obtenu un baccalauréat professionnel maintenance des systèmes de production connectés. Si un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 22 janvier 2025 lui a été délivré, ce récépissé, d'une durée maximale de trois mois, ne l'autorise pas à travailler et contrairement à ce que soutient le préfet de l'Isère, une décision implicite de rejet est nécessairement intervenue en raison du silence gardé par l'administration sur cette demande en vertu de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, si ce récépissé permet à M. C de justifier de la régularité de son séjour, il ne l'autorise pas à travailler. Enfin, il résulte de l'instruction que la mère de M. C, Mme B A, est titulaire d'une carte de resident valable du 7 octobre 2015 au 6 octobre 2025. Il s'ensuit qu'au cas d'espèce, M. C établit l'existence de circonstances particulières propres à sa situation qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision en litige et de la méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

7. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite rejetant la demande de titre de séjour de M. C.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de l'Isère procède à un réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce que ledit réexamen ait été effectué. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de procès :

9. M. C bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros à verser à Me Schürmann sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à M. C.

O R D O N N E

Article 1er :M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Il est donné acte du désistement des conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un titre de séjour.

Article 3 :L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant la délivrance d'un titre de séjour de M. C est suspendue.

Article 4 :

Il est enjoint au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour sollicitée par M. C dans un délai de deux mois à compter la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler, valable pendant ce réexamen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 5 :

L'Etat versera une somme de 600 euros à Me Schürmann sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à M. C.

Article 6 :

Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 :La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, à Me Schürmann et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 9 décembre 2024.

La juge des référés,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2409021

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