lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2409039 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ROCHAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2024, M. D B, représenté par Me Rochat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé de sa remise aux autorités islandaises pour l'examen de sa demande d'asile ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- il est entaché de défaut d'examen de sa situation individuelle dès lors qu'il fait référence à un alias, M. E, inconnu de lui-même ;
- il méconnaît les articles 7 et 13 du règlement UE n°604/2013 alors qu'il a initialement formulé une demande d'asile en Italie le 26 août 2017, et l'article 3 de ce règlement dès lors que l'Islande présente des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs ;
- il viole l'article 3 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales compte tenu des conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Islande ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 de la Commission ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Galtier, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique Mme Galtier a présenté son rapport et constaté l'absence des parties ou de leurs représentants.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant guinéen né le 6 octobre 1998, déclare être entré en France le 19 août 2024. Il a déposé une demande d'asile le 6 septembre 2024. La consultation du fichier Eurodac, le même jour, a fait apparaître qu'il avait demandé l'asile en Italie le 16 août 2017, en Allemagne le 22 octobre 2018, au Portugal le 11 avril 2019, et en Islande le 16 novembre 2019. Ces autorités ont été saisies le 17 septembre 2024 d'une demande de reprise en charge sur le fondement du règlement UE n° 604/2013. Les autorités allemandes, portugaises et italiennes ont signifié leur refus à la réadmission de l'intéressé respectivement les 18 septembre, 30 septembre et 24 septembre 2024. Les autorités islandaises ont donné leur accord explicite à la réadmission de M. B le 18 septembre 2024 en application de l'article 25 du règlement UE n° 604/2013. Par la décision contestée du 13 novembre 2024, la préfète du Rhône a décidé la remise de M. B aux autorités islandaises.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C A, cheffe du pôle régional Dublin, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète du Rhône du 17 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en cause manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'accord explicite de reprise en charge par les autorités islandaises le 18 septembre 2024, que M. B a été référencé dans le cadre de sa demande d'asile sous un alias " E ". Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en mentionnant cet alias dans l'arrêté litigieux, la préfète du Rhône aurait entaché celui-ci d'un examen sérieux de sa situation.
4. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) no 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière ".
5. La préfète du Rhône produit le relevé du système " Eurodac " mentionnant que les empreintes de M. B ont été relevées par les autorités italiennes le 26 août 2017, par les autorités allemandes le 22 octobre 2018, par les autorités portugaises le 11 avril 2019, et par les autorités islandaises le 16 novembre 2019. La préfète verse en outre au dossier une copie du formulaire par lequel ces autorités ont été saisies le 17 septembre 2024 de la demande de reprise en charge de M. B, ainsi que, notamment, la décision du 24 septembre 2024 par laquelle les autorités italiennes ont refusé cette réadmission au motif que la demande d'asile de l'intéressé avait été rejetée le 13 juillet 2018. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que son transfert aurait dû être prononcé vers l'Italie en application de ces stipulations.
6. En dernier lieu, Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes du 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ".
7. Le système européen commun d'asile a été conçu de telle sorte qu'il est permis de supposer que l'ensemble des Etats y participant respectent les droits fondamentaux. Ainsi, il est présumé que l'Islande, Etat membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, assure un traitement des demandeurs d'asile respectueux de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Cependant, cette présomption peut être renversée s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitements inhumains ou dégradants.
8. M. B n'établit pas en se bornant à citer des extraits de documents sur la situation générale des demandeurs d'asile en Islande émanant d'organisations non gouvernementales, qu'il existait à la date de l'arrêté litigieux des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs dans ce pays. Si l'intéressé fait état de ce qu'il n'aurait pas bénéficié dans cet Etat d'un hébergement au titre de l'asile, et qu'il aurait ainsi été soumis à des conditions de froid extrême lui occasionnant des problèmes de santé, il ne produit toutefois aucun justificatif notamment de nature médicale à l'appui de telles allégations. Il n'établit donc pas qu'il aurait été ou serait exposé à un risque de traitement inhumain et dégradant dans ce pays ou encore que les autorités islandaises seraient susceptibles de le renvoyer vers son pays d'origine sans examen effectif de sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile et des risques auxquels il serait exposé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F B et au ministre de l'intérieur.
Copie sera délivrée à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
La magistrate désignée,
F. GALTIER
Le greffier,
P. MULLER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026