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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2409172

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409172

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409172
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGHANASSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2024, M. D B, représenté par Me Ghanassia, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui indiquer dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la réception de l'ordonnance à intervenir, un lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 29 novembre 2024 en présence de M. Palmer, greffier d'audience, M. Pfauwadel a lu son rapport et entendu les observations orales de Me Ghanassia, avocate de M. B, et celles de Mme A, représentant la préfète de l'Isère.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. ( ) ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. M. B, ressortissant du Nigeria, est entré en France avec sa compagne en 2018 et ils ont eu deux enfants nés en 2019 et 2020. Leurs demandes d'asile présentées en France ont été rejetées. M. B s'est en revanche vu délivrer par les autorités italiennes une carte de séjour valable du 29 juillet 2021 au 29 avril 2026 au titre de la protection subsidiaire. La mère de ses enfants, demeurée en France avec ceux-ci, a mis fin à ses jours le 1er mars 2024. Les enfants ont alors fait l'objet d'une mesure de placement en urgence dans un foyer par le procureur de la République, qui a été maintenue pour une durée de six mois par le juge des enfants, avec un droit de visite médiatisée du père. M. B soutient qu'ayant vainement demandé au juge des enfants de lui restituer la garde de ses enfants ou à défaut de coopérer avec un juge des enfants italiens et des services sociaux italiens pour poursuivre l'aide éducative, il a abandonné l'emploi et le logement dont il disposait dans ce pays pour vivre près de ses enfants et en retrouver la garde. La mesure de placement a cependant été renouvelée jusqu'au 27 mars 2025 par un jugement du juge des enfants du 18 septembre 2024. Après avoir saisi le juge des référés du tribunal administratif, M. B a obtenu un rendez-vous le 29 novembre 2024 au service de l'immigration de la préfecture de l'Isère pour déposer une demande d'admission exceptionnelle pour motifs humanitaires. Dans la présente instance, il demande d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui trouver un lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir avec ses enfants.

6. M. B justifie avoir vainement tenté d'obtenir auprès du SIAO-115 un hébergement d'urgence pour lui et ses enfants. Toutefois, le jugement du 18 septembre 2024 maintient le placement des enfants jusqu'au 27 mars 2025 et n'accorde un droit de visite à M. B que de façon médiatisée. Le jugement n'évoque pas la possibilité d'un retour partiel des enfants au foyer de leur père en cas de fin de sa situation de précarité en France, mais précise que " la période de six mois permettra d'investiguer la situation personnelle de M. B en Italie dans la perspective d'une mainlevée du placement, étant précisé que les services de l'entraide civile internationale ont été saisis afin d'adresser une demande de coopération auprès des autorités italiennes en vue d'une enquête sociale, sous réserve que M. B justifie de sa situation rapidement (logement, emploi, personne ressources etc.) ". Dans ces conditions, à l'égard des enfants du requérant, la demande tendant à ce que soit mis en œuvre sans délai le droit à l'hébergement d'urgence n'est pas fondée.

7. Par ailleurs, M. B, qui est âgé de 32 ans, n'allègue pas souffrir de problèmes de santé ou d'une vulnérabilité particulière. La préfète apporte pour sa part les éléments chiffrés actuels montrant que malgré les efforts pour créer de nouvelles places d'hébergement, l'arrivée massive de migrants et la priorité donnée aux familles avec enfants, aux femmes victimes de violences et aux situations sanitaires très dégradées n'ont pas permis de faire droit à la demande d'hébergement de M. B, sans que puisse être caractérisée une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale à son égard.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées. Il en est de même des conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C, à Me Ghanassia, au ministre au ministre de la santé et de la prévention, au ministre du logement et de la rénovation urbaine et à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 2 décembre 2024.

Le juge des référés,

T. PFAUWADEL

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention et au ministre du logement et de la rénovation urbaine chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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