Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409349

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantANGOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a annulé l'arrêté du 27 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Isère avait prolongé l'assignation à résidence de M. A, ressortissant algérien, pour une durée de 45 jours. Le tribunal a jugé que cette prolongation était entachée d'une erreur de droit, car la mesure initiale d'assignation, prise le 10 octobre 2024 pour 45 jours, avait expiré le 25 novembre 2024 et ne pouvait donc plus être renouvelée après cette date, en application de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision a également accordé l'aide juridictionnelle provisoire à M. A et condamné l'État à verser 900 euros à son avocat au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Angot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Isère a prolongé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que la précédente mesure d'assignation était expirée et ne pouvait faire l'objet d'un renouvellement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 septembre 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Beytout, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Beytout a présenté son rapport et entendu les observations de Me Angot, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une mesure d'assignation à résidence pour une durée de 45 jours par deux arrêtés du 10 octobre 2024. La préfète de l'Isère a prolongé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours par un arrêté du 27 novembre 2024 dont M. A demande l'annulation dans la présente instance.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ".

5. Il ressort des pèces du dossier que la mesure initiale d'assignation à résidence du 10 octobre 2024, qui avait été notifiée à M. A le jour même, d'une durée de 45 jours, a pris fin le 25 novembre 2024. Dès lors, elle ne pouvait pas faire l'objet d'une prolongation postérieurement à cette date. M. A est ainsi fondé à soutenir que l'arrêté de prolongation attaqué, édicté le 27 novembre 2024, est entaché d'une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 900 euros à Me Angot, avocat de M. A, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 27 novembre 2024 est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera la somme de 900 euros à Me Angot en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, la même somme lui sera versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Angot et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La magistrate désignée,

E. BEYTOUTLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.