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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2409461

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409461

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409461
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMARGAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Margat, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour étudiant provisoire, dans les quinze jours de la notification de l'ordonnance, et dans l'attente de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction autorisant à travailler dans les quarante huit (48) heures de la notification de l'ordonnance et ce sous astreinte de deux-cents (200) euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de l'Isère de de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction autorisant à travailler, dans les quarante huit (48) heures de la notification de l'ordonnance, et ce sous astreinte de deux-cents (200) euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, dont distraction au profit de son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondante à la contribution de l'Etat.

M. B A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; la décision préfectorale a pour conséquence de le priver brutalement d'une autorisation de séjour ; l'urgence particulière est caractérisée d'une part dans l'absence de ressources, d'autre part par l'impossibilité de travailler et de suivre la formation ; son contrat de travail est suspendu depuis presque un mois, et cela fait donc autant de temps qu'il n'a perçu aucun salaire ; ce sont pourtant ses seules ressources, et il doit payer l'intégralité de ses charges de manière autonome, dont un loyer de 460 euros mensuel et une facture d'électricité de 54 euros ; sa formation est gravement en péril, et il risque de ne pas réussir son année s'il ne peut ni suivre les cours ni effectuer son alternance en entreprise, alors qu'il a par ailleurs brillamment réussi son année précédente, avec plus de 15 de moyenne ;

- le préfet de l'Isère porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté du travail et au droit au respect de sa vie privée et familiale ; le droit à l'emploi est une liberté fondamentale aux termes du 5ème alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère la Constitution du 4 octobre 1958 ; le droit à l'emploi est également protégé par l'article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948 ; le droit de poursuivre des études doit être analysé de la même façon ; il en va de même du droit au respect de sa vie privée ; il remplit toutes les conditions de renouvellement de son titre de séjour étudiant, et à l'obtention d'une carte de séjour pluriannuelle, conformément aux articles L. 422-1, L. 433-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. ".

4. En opérant une distinction entre les deux procédures de référé régies respectivement par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 doit justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.

5. M. B A, qui a déposé une demande complète de renouvellement de titre de séjour le 12 septembre 2024, fait état de la précarité de sa situation administrative et financière en raison de l'impossibilité d'obtenir une attestation de prolongation d'instruction. L'intéressé soutient, en particulier, que l'urgence particulière est caractérisée d'une part par l'absence de ressources, d'autre part par l'impossibilité de travailler et de suivre la formation, que son contrat de travail est suspendu depuis presque un mois, qu'il n'a perçu aucun salaire depuis cette date, qu'il doit payer l'intégralité de ses charges de manière autonome, dont un loyer de 460 euros mensuel et une facture d'électricité de 54 euros, que sa formation est gravement en péril. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à caractériser une urgence telle qu'elle appellerait une réponse immédiate du juge des référés dans les quarante-huit heures alors que son précédent titre de séjour étudiant a expiré le 5 novembre 2024 et que son employeur lui a signifié dès le 4 novembre 2024 la suspension de son contrat de travail en l'absence de document de séjour. Par suite, alors que M. A peut saisir le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il ne démontre pas, en l'état de l'instruction, que la condition d'urgence particulière exigée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est satisfaite.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : M. B A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Margat.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 5 décembre 2024.

Le juge des référés,

C.Vial-Pailler

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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