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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2409780

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409780

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409780
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKORN

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et notamment son préambule ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Triolet, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 décembre 2024 en présence de M. Morand, greffier d'audience, Mme Triolet a lu son rapport et entendu les observations de Me Korn, avocate des requérants, qui précise qu'il faut environ dix jours pour obtenir une attestation justifiant d'appels au 115 et qu'aucune des six décisions par lesquelles les juges des référés de ce tribunal ont enjoint de donner un rendez-vous sous trois jours n'a été exécutée de sorte qu'il convient de fixer une astreinte ainsi que celles de de Mme B pour l'association Accueil demandeurs d'asile.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

Sur l'intervention de l'association Accueil demandeurs d'asile dans l'instance n° 2409780 :

1. L'association Accueil demandeurs d'asile justifie d'un intérêt suffisant à l'injonction demandée. Ainsi, son intervention à l'appui de la requête formée par Mme F est recevable.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. L'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'enregistrement de la demande d'asile " a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande à l'autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation. Toutefois, ce délai peut être porté à dix jours ouvrés lorsqu'un nombre élevé d'étrangers demandent l'asile simultanément ".

4. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'articles L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que seules les personnes ayant enregistré leur demande d'asile sont susceptibles de bénéficier des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, la privation du bénéfice de ces dispositions en raison d'un délai d'enregistrement de la demande d'asile qui excède les délais légaux mentionnés au point précédent peut conduire le juge des référés à faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, lorsqu'elle est manifestement illégale et qu'elle comporte en outre des conséquences graves pour le demandeur d'asile.

5. M. C D et Mme E F, ressortissants arméniens respectivement nés en avril et septembre 1997, disent être arrivés en France le 7 décembre 2024 accompagnés de leur enfant âgé d'un an et demi. Ils se sont présentés au service en charge du pré-accueil des demandeurs d'asile le 10 décembre 2024 et il leur a été remis à tous trois une invitation à se présenter à la préfecture de l'Isère pour l'enregistrement de leur demande d'asile le 28 janvier 2025. Les requérants soutiennent sans être sérieusement contredits que M. D dort dans la rue et que sa compagne et son fils ne sont recueillis que la nuit et jusqu'au 16 décembre seulement. Si la préfète de l'Isère soutient que le retard à enregistrer la demande d'asile de la requérante résulte de ce que la capacité maximale de gestion des flux de demandes d'asile par ses services a été atteinte, elle ne fait pas état de difficultés conjoncturelles ni d'un accroissement récent et significatif du nombre des demandes d'asile. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la privation du bénéfice des dispositions relatives à l'accueil des demandeurs d'asile en raison d'un délai d'enregistrement de leur demande de plus d'un mois, qui comporte pour eux des conséquences graves, porte une atteinte manifestement illégale au droit d'asile.

6. Eu égard à la situation de grande précarité des requérants et à la durée de plus d'un mois du délai pendant lequel ils sont privés des droits résultant de l'enregistrement de leur demande d'asile, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Isère de fixer un rendez-vous aux trois membres de la famille pour l'enregistrement de leur demande d'asile dans le délai de trois jours ouvrés suivant la notification de la présente ordonnance. Il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle et des frais de procès :

8. Eu égard à l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. C D et Mme E F, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Korn renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros à verser à Me Korn. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C D et Mme E F par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à cette dernière.

ORDONNE :

Article 1er : L'intervention de l'association ADA dans l'instance n° 2409780 est admise.

Article 2 : M. C D et Mme E F sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de fixer un rendez-vous à M. C D, à Mme E F et à A D pour l'enregistrement de leur demande d'asile dans le délai de trois jours ouvrés suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D et Mme F à l'aide juridictionnelle et sous réserve que leur avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Korn une somme de 600 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D et Mme F par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros leur sera versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à Mme E F, à Me Korn, à l'association Accueil demandeurs d'asile, au ministre de l'intérieur et à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 13 décembre 2024.

La juge des référés,

A. TRIOLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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