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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2409869

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409869

vendredi 21 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409869
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2024 - NT - 286 A du 6 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient :

- que l'arrêté émane d'une autorité incompétente ;

- que la décision est insuffisamment motivée ;

- que sa situation n'a pas été examinée de manière personnelle et approfondie ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît les articles L. 251-1 et L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'absence de départ volontaire :

- l'absence de délai n'est pas justifiée et la décision viole l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'interdiction de circulation d'un an :

- la décision n'est pas justifiée et est disproportionnée ;

- la préfète n'a pas pris en compte sa maladie génétique, son temps de présence en France, le fait que toute sa famille réside sur le territoire national et sa volonté d'insertion par le travail.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés les 19 décembre 2024 et 10 février 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Akoun pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir constaté l'absence de la préfète de l'Isère, ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Akoun, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Schürmann, avocate de M. A, qui a précisé ses conclusions, rappelé les moyens développés dans ses écritures et insisté sur le fait que le requérant était un ressortissant européen n'ayant fait l'objet d'aucune condamnation pénale.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant roumain né en 1982, est entré en France, selon ses déclarations, en août 2021. Il a été interpellé le 6 décembre 2024 par les services de police, en état d'ébriété, pour vol de denrées alimentaires ainsi que menaces de mort réitérées à l'encontre de la responsable du magasin. Par l'arrêté attaqué du 6 décembre 2024 n° 2024 - NT - 286 A, la préfète de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire pour une durée d'un an. Par une décision du même jour n° 2024 - NT - 286 B, non contestée dans la présente instance, elle l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours renouvelables une fois à compter de la notification de la mesure.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".

4. Pour l'application de ces dispositions, applicables aux ressortissants de l'Union européenne, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé le 6 décembre 2024, en état d'ébriété, pour des faits de vol de denrées alimentaires ainsi que de proférations de menaces de mort réitérées à l'encontre de la personne responsable du magasin. Si l'intéressé ne conteste pas les faits qui lui sont reprochés, ceux-ci n'ont, en l'état, fait l'objet d'aucune poursuite. Par ailleurs, et alors que la préfète évoque une mise en garde à vue du 5 juin 2024 pour des faits identiques, sans produire de pièces en attestant, l'extrait du " traitement d'antécédents judiciaires " ne fait état que d'une seule infraction, en 2010.

6. Dès lors, en l'absence de toute précision sur la procédure en cours ou sur les suites données à son interpellation, eu égard à la gravité relative de cette infraction, cette seule interpellation n'est pas suffisante pour caractériser un comportement constituant, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A est fondé à soutenir que son comportement ne représente pas une menace à l'ordre public.

7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté contesté par lequel la préfète de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, ainsi que les décisions subséquentes, relatives au pays de destination et à l'interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an doivent être annulées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991, le versement à Me Schürmann, de la somme de 800 euros, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté n° 2024 - NT - 286 A du 6 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Isère a obligé M. A à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 3 : L'État versera à Me Schürmann une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. A obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Schürmann renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Schürmann et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2025.

La magistrate désignée,

E. AKOUN La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2409869

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