lundi 30 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2409894 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCHURMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 décembre 2024 et des pièces complémentaires enregistrées les 25 et 26 décembre2024, M. B A, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
2°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Rhône du 10 décembre 2024, notifié le même jour portant remise aux autorités croates, responsables de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.
Il soutient que la présence de membres de sa famille en France sous statut de réfugié justifie que sa demande d'asile soit traitée par la France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle expose que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole de New-York du 31 janvier 1967 ;
- le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le Règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 de la Commission ;
- le Règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;
- le Règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;
- le Règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014 de la Commission ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Conesa-Terrade, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique :
- Mme Conesa-Terrade, première conseillère, a lu son rapport ;
- la parole a été donnée à Me Schürmann, représentant M. A, qui soutient que ses empreintes ont été enregistrées en Croatie, où il est resté quelques heures ;
- la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc né le 30 janvier 2002, a déclaré être entré en France le 10 juillet 2024, soit à l'âge de 22 ans, démuni de visa et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Il a sollicité le 15 juillet 2024, l'enregistrement de sa demande d'asile auprès du guichet unique de la préfecture et s'est vu délivrer le même jour une attestation de demande d'asile en application des articles L. 571-1, L. 573-1 et L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et remettre les brochures A et B en langue turque qu'il a déclaré comprendre en application de l'article 4 du Règlement (UE) n° 604/2013 susvisé. Lors de l'entretien individuel prévu par l'article 5 de ce même Règlement, M. A a présenté une pièce d'identité délivrée par les autorités turques en cours de validité et a indiqué que ses deux frères et sa sœur, bénéficiaires du statut de réfugié, résidaient régulièrement en France. La consultation du fichier européen Eurodac a fait apparaître qu'il avait sollicité l'asile en Croatie le 8 juillet 2024. Les autorités croates ont été saisies le 2 août 2024 d'une demande de prise en charge en application de l'article 18 du Règlement (UE) n° 604/2013. Après que la Croatie a fait connaître le 16 août 2024 son accord explicite pour la réadmission de M. A en application de l'article 25 du Règlement, la préfète du Rhône a décidé, par l'arrêté attaqué du 10 décembre 2024, sa remise aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile en application du Règlement (UE) n° 604/2013. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Au regard de l'urgence, en application des dispositions précitées, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la détermination de l'Etat membre responsable :
4. Aux termes de l'article 18 relatifs aux obligations de l'Etat membre responsable : " 1. L'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre État membre ; b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; () ". L'article 20 précise que : " 1. Le processus de détermination de l'État membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un État membre. 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur ou un procès-verbal dressé par les autorités est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné. Dans le cas d'une demande non écrite, le délai entre la déclaration d'intention et l'établissement d'un procès-verbal doit être aussi court que possible. () ". L'article 21 du même Règlement relatif à la présentation d'une requête aux fins de prise en charge : " 1. L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif ("hit") Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) no 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. () ".
5. Au paragraphe 1 de son article 3, le Règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 susvisé pose en principe qu'une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre. L'Etat membre responsable de la demande d'asile d'un ressortissant d'un pays tiers ayant pénétré au sein de l'espace Schengen est déterminé par application des critères prévus au chapitre III de ce règlement, dans l'ordre énoncé par ce chapitre. Aux termes de l'article 7 du chapitre III de ce Règlement : " 1. Les critères de détermination de l'État membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre. 2. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre. 3. En vue d'appliquer les critères visés aux articles 8, 10 et 16, les États membres prennent en considération tout élément de preuve disponible attestant la présence sur le territoire d'un État membre de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent du demandeur, à condition que lesdits éléments de preuve soient produits avant qu'un autre État membre n'accepte la requête aux fins de prise ou de reprise en charge de la personne concernée, conformément aux articles 22 et 25 respectivement, et que les demandes de protection internationale antérieures introduites par le demandeur n'aient pas encore fait l'objet d'une première décision sur le fond. ". L'article 9 du même Règlement relatif aux membres de la famille bénéficiaires d'une protection internationale : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit. ". Aux termes de l'article 13 du même Règlement : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) no 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. () ". Aux fins du Règlement n° 604/2013, on entend selon le g) de l'article 2 par " membres de la famille " : " dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres : - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable () - les enfants mineurs des couples () - lorsque le demandeur est mineur et non marié () - lorsque le bénéficiaire d'une protection internationale est mineur et non marié, () ".
6. Il ressort de la lecture même de l'arrêté attaqué qu'après consultation du fichier européen Eurodac, il est apparu, qu'avant d'entrer sur le territoire français pour y solliciter l'asile le 15 juillet 2024, M. A avait été identifié en Croatie, où il a demandé l'asile le 8 juillet 2024 sous le numéro HR 12405201969G. Dans ces conditions non sérieusement contestées, en se bornant à soutenir que le relevé de ses empreintes lors de son entrée en Croatie ne pouvait valoir demande d'asile dans cet Etat membre, M. A, à supposer le moyen soulevé, ne démontre pas que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de fait.
En ce qui concerne l'absence de mise en œuvre de la clause dérogatoire :
7. Le Règlement n° 604/2013 susvisé prévoit, au chapitre IV, une clause dérogatoire en son article 17 qui dispose que : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement./ L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. () Si l'État membre requis accède à la requête, la responsabilité de l'examen de la demande lui est transférée. ". Il résulte de ces dispositions que l'application des critères d'examen des demandes d'asile est écartée en cas de mise en œuvre, soit de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 de ce Règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre, soit de la clause humanitaire définie au paragraphe 2 de ce même article 17 du Règlement.
8. La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du Règlement n° 604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. La mise en œuvre par les autorités françaises de l'article 17 doit être assurée à la lumière des exigences définies par le second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, aux termes duquel : " les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ".
9. M. A se prévaut de la présence en France de deux frères et une sœur, tous bénéficiant du statut de réfugié, avec lesquels il soutient être proche, et qui, par les attestations produites au dossier, assurent être prêts à pourvoir à son hébergement et à son entretien sur le territoire français. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que, depuis son entrée en France, le requérant est hébergé gracieusement par un de ses frères alors qu'il a déclaré à l'Office français de l'immigration et de l'intégration être dépourvu de tout hébergement et a, en conséquence perçu depuis le 15 juillet 2024 une allocation de demandeur d'asile majorée d'un montant total de 1 996,40 euros, à laquelle, dans ces conditions, il n'avait pas droit. Il reste que, nonobstant l'intensité alléguée par le requérant de ses liens avec ses frères et sa sœur présents sur le territoire français, M. A est majeur et les liens familiaux dont ils se prévaut ne relèvent ni de liens entre ascendants et descendants, ni de relations maritales. Dans ces conditions, alors que les autorités croates ont fait connaître leur accord explicite pour reprendre en charge M. A, la Croatie devant être regardée, en application de l'article 3 et du chapitre III du Règlement susvisé, comme étant l'Etat membre responsable de sa demande d'asile, la préfète du Rhône, en décidant discrétionnairement de ne pas mettre en œuvre la clause dérogatoire de l'article 17 précité du Règlement, n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Schürmann et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressé à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.
La magistrate désignée,
E. CONESA-TERRADE
La greffière,
L. BOURECHAKLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026