Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409980

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409980
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGAY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a été saisi par M. B, ressortissant turc, d’un recours en excès de pouvoir contre une décision de l’OFII du 12 décembre 2024 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Le tribunal a rejeté la requête, jugeant que le moyen tiré de l’incompétence du signataire était inopérant et que la décision, fondée sur l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, était suffisamment motivée. Il a estimé que l’OFII avait pris en compte la situation de vulnérabilité du demandeur, conformément aux articles D. 551-17 du même code et aux articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 décembre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII, à titre principal, de faire droit à sa demande en lui accordant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard, et subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à son conseil qui s'engage à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que la décision :

- est entachée d'une incompétence du signataire ;

- n'est pas motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière de vulnérabilité en méconnaissance de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions des articles 21 et 22 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il expose que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Conesa-Terrade, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Conesa-Terrade a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turc né le 8 octobre 1993, a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile le 12 décembre 2024. Par décision du même jour, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Compte tenu de l'urgence qu'il y a à statuer sur la demande de M. B, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'acte attaqué :

4. La décision attaquée est signée par la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire faute de preuve de l'existence d'une délégation de signature accordée par le préfet est, par suite, inopérant.

En ce qui concerne la motivation de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature ".

6. L'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale prévoit que : " () 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. ". L'article 21 de cette même directive, consacré aux dispositions concernant les personnes vulnérables, dispose que : " Dans leur droit national transposant la présente directive, les États membres tiennent compte de la situation particulière des personnes vulnérables, (). ". L'article 22 de cette directive prévoit qu'" Aux fins de la mise en œuvre effective de l'article 21, les Etats membres évaluent si le demandeur est un demandeur qui a des besoins particuliers en matière d'accueil ".

7. La décision attaquée refusant à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, motivée par la circonstance qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, comporte les considérations de droit et les motifs de fait qui la fondent. Le moyen tiré du défaut de motivation manque donc en fait et ne peut, par suite, qu'être écarté.

En ce qui concerne l'appréciation de son état de vulnérabilité :

8. M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle de vulnérabilité. En défense, l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que l'intéressé n'a déclaré aucun problème de santé, ni sollicité la délivrance d'un avis médical. Le requérant se borne à soutenir qu'il est isolé et sans ressource, sans justifier de son état de précarité. Ces circonstances ne suffisent toutefois pas à elles-seules à caractériser une situation de vulnérabilité. Par suite, la décision attaquée n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gay et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La magistrate désignée,

E. CONESA-TERRADE

La greffière,

L. BOURECHAK

La magistrate désignée,

E. CONESA-TERRADE

Le greffier,

P. MULLER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2409980