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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2409989

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409989

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409989
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 décembre 2024, Mme A C, représentée par Me Cans, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui donner un rendez-vous dans la première quinzaine de janvier afin qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la mise à disposition de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge l'Etat, à verser à son conseil, la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient :

- que l'urgence est caractérisée ; son titre de séjour a expiré le 6 novembre 2024 et elle a perdu son droit de travailler, son employeur a suspendu son contrat du 7 novembre 2024 au 6 janvier 2025 et il y mettra fin si elle n'a toujours pas le droit de travailler à cette date ; elle n'arrive pas à obtenir un rendez-vous de la préfecture pour déposer sa demande et à obtenir un récépissé l'autorisant à travailler ;

- qu'il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit de travailler et au respect de sa vie privée et au droit de mener une vie privée normale alors qu'il a présenté un dossier complet en préfecture, qui refuse de l'enregistrer.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Isère qui n'a pas défendu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 décembre 2024 à 16h00, en présence de Mme Rouyer, greffière :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Cans, représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an./ La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. (). ". Aux termes de l'article R. 431-15 de ce même code : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle. ".

4. Lorsqu'il est saisi sur le fondement des dispositions citées ci-dessus et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, il appartient au juge des référés de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte, dès lors qu'existe une situation d'urgence caractérisée justifiant le prononcé de mesures de sauvegarde à très bref délai.

5. Par ailleurs, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

6. Mme C, de nationalité arménienne, a été titulaire en dernier lieu d'une carte " vie privée et familiale " valable du 7 novembre 2022 au 6 novembre 2024. Elle a été embauchée en qualité de vendeuse polyvalente, par la société Primark, par contrat à durée indéterminée du 10 novembre 2023. Avant l'expiration de son titre de séjour, la requérante a entrepris les démarches en vue du renouvellement de son titre de séjour. Mme C soutient, sans être contredite par la préfète de l'Isère, qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'elle se trouve confrontée à un blocage en raison de l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous auprès des services de la préfecture pour déposer sa demande et obtenir un récépissé l'autorisant à travailler. En outre, il résulte de l'instruction que son contrat à durée indéterminée a été suspendu depuis le 7 novembre 2024 et sera résilié le 6 janvier 2025 si elle n'arrive pas à obtenir un rendez-vous en préfecture et qu'elle perdra toutes ses ressources alors qu'elle est mère de quatre enfants et que son mari est au chômage. Mme C justifie ainsi d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. En outre, dans ces circonstances, Mme C, qui a entrepris toutes les démarches nécessaires pour déposer sa demande de renouvellement de titre en temps utile, est fondée à invoquer une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales reconnues aux étrangers en situation régulière, en particulier à sa liberté d'aller et venir ainsi qu'à son droit au travail.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète de l'Isère de fixer à Mme C un rendez-vous pour qu'elle puisse présenter sa demande de renouvellement de titre de séjour dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte ni d'enjoindre à la préfète de délivrer à la requérante un document attestant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler, dès lors que cette délivrance est conditionnée au caractère complet du dossier effectivement déposé en préfecture.

Sur les frais d'instance :

8. Mme C étant admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Cans renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cans de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

O R D O N N E :

Article 1 : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de donner à Mme C, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de renouvellement de son titre de séjour.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Cans renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Cans, avocat de Mme C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à Me Cans et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 20 décembre 2024.

Le juge des référés,

J. P. B

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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