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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500045

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500045

mercredi 14 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500045
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantFRECHE & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant par ordonnance, a rejeté la requête de Mme A B et autres dirigée contre un permis de construire modificatif délivré le 5 juillet 2024 par le maire de Ville-La-Grand à la SCI Rhône II. La solution retenue est fondée sur l'irrecevabilité manifeste de la requête, en application de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme. Les requérants, voisins immédiats, n'ont pas justifié d'un intérêt à agir suffisant, le permis modificatif ayant réduit le nombre de logements et supprimé un niveau de parking, sans aggraver les nuisances alléguées par rapport au permis initial, devenu définitif. Le tribunal a ainsi fait application des articles R. 222-1 4° du code de justice administrative et L. 600-1-2 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 et le 21 janvier 2025, Mme A B et autres, représentés par Me Olivier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le maire de la commune de Ville-La-Grand a accordé un permis de construire modificatif à la SCI Rhône II, ensemble la décision de rejet implicite du recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Ville-La-Grand une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2025, la société civile immobilière (SCI) Rhône II, représentée par Me Durand, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2025, la commune de Ville-La-Grand, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au remboursement des droits de plaidoirie de 13 euros.

Par lettre du 8 janvier 2025, les requérants ont été invités à préciser leur intérêt à agir au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ().

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou, lorsque le contentieux porte sur un permis de construire modificatif, des modifications apportées au projet.

4. Il ressort des pièces du dossier que par une requête n° 1800200, les requérants ont contesté devant le tribunal administratif de Grenoble le permis de construire initial accordé le 19 juillet 2017 à la SCI Rhône II, laquelle a été rejetée par un jugement du 14 décembre 2020. Par une décision du 25 février 2022 du Conseil d'Etat, le pourvoi en cassation contre ce jugement n'a pas été admis.

5. Par un arrêté n° PC 074305 17 H0008 M02 du 5 juillet 2024, le maire de la commune de Ville-La-Grand a accordé à la SCI Rhône II un permis de construire modificatif portant sur la réorganisation des logements, par diminution à 33 du nombre de logement créés à la place de 39 logements dans le permis de construire initial et la suppression d'un niveau du parking souterrain.

6. Les requérants contestent à nouveau ce permis de construire modificatif. Pour justifier leur intérêt pour agir, les requérants font valoir les nuisances tant sonores et visuelles durant la phase de chantier et de manière pérenne notamment du fait de la hauteur du bâtiment qui leur causera directement une perte d'intimité. Ils invoquent également les troubles dans les conditions de jouissance d'occupation de leurs biens, du fait de l'insuffisance des places de stationnement aggravée par le permis de construire modificatif litigieux.

7. Toutefois, d'une part, les requérants ne peuvent utilement invoquer, pour justifier de leur intérêt pour agir contre ce permis de construire modificatif, une perte d'intimité liée à la hauteur du bâtiment, qui se rattache uniquement à l'intérêt pour agir contre le permis de construire initial et non contre le permis de construire modificatif. D'autre part, s'agissant des difficultés de stationnement et de circulation, le permis de construire modificatif autorise une diminution de 39 à 33 du nombre de logements et, par voie de conséquence, du nombre de véhicules amené à circuler sur la rue Sadi Carnot. Cette diminution va dans le sens de l'intérêt des requérants et ne saurait donc justifier leur intérêt pour agir contre le permis de construire modificatif. De surcroit, ainsi que l'a déjà jugé le tribunal administratif de Grenoble, le permis de construire initial prévoit un nombre suffisant de places de stationnement et n'est donc pas de nature à aggraver les conditions de stationnement dans la rue Sadi Carnot, ni au demeurant, les conditions de circulation dans cette même rue. Par suite, les requérants ne peuvent être regardés comme ayant un intérêt suffisant leur donnant qualité pour agir contre le permis de construire modificatif en litige.

8. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas recevables à contester le permis de construire modificatif n° PC 074305 17 H0008 M02 du 5 juillet 2024 délivré à la SCI Rhône II par le maire de la commune de Ville-La-Grand.

9. Il y a lieu de mettre solidairement à la charge des requérants, partie perdante, le versement de la somme de 1000 euros à commune de Ville-La-Grand et de la somme de 1000 euros à la SCI Rhône II en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. Les droits de plaidoirie ne sont pas au nombre des dépens énumérés par l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent, en conséquence, qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête est rejetée.

Article 2 :Les requérants verseront solidairement la somme de 1000 euros à la commune de Ville-La-Grand et la somme de 1000 euros à la SCI Rhône II sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Ville-La-Grand et à la SCI Rhône II.

Fait à Grenoble, le 14 mai 2025.

Le président de la 2ème chambre,

Mathieu Sauveplane

La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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