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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500078

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500078

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 6 janvier 2025, M. A C et Mme D E épouse C, représentés par Me Huard, demandent au tribunal :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 20 décembre 2024 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de les rétablir dans les conditions matérielles d'accueil sous astreinte journalière de 100 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Les requérants soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée de l'illégalité du classement en fuite motivant le refus des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'une erreur du droit du fait que l'OFII s'est à tort mis en situation de compétence liée par la déclaration de fuite faite par la préfecture ;

- elle est entachée d'une méconnaissance du principe de la chose jugée ;

- les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus ; un certificat médical du 3 septembre 2024 a été remis à l'OFII par le médecin en charge de son suivi médical ; l'état de santé de M. C le place dans une situation de vulnérabilité particulière ;

- la décision a été prise à une date d'effet antérieure à la date de signature, ce qui méconnait les dispositions de l'article D. 551-18 ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

L'OFII a présenté un mémoire enregistré le 16 janvier 2025 par lequel il conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Letellier, première conseillère, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 17 janvier 2025, à 11 heures, a appelé l'affaire et a présenté son rapport. Me Ghelma, substituant Me Huard, a présenté des observations pour M. et Mme C. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants du Kosovo, ont présenté leur demande d'asile en France le 29 novembre 2023. Le même jour, ils ont accepté les conditions matérielles d'accueil. Par décision du 2 octobre 2024, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil. Par un jugement du 25 octobre 2024, le magistrat désigné a annulé la décision du 2 octobre 2024 au motif que M. C avait un rendez-vous d'hémodialyse le jour programmé de son transfert vers la Suisse et a enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la situation des requérants. Après un entretien de vulnérabilité le 19 novembre 2024, la directrice territoriale de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil par décision du 20 décembre 2024. Dans la présente instance, M. et Mme C demandent l'annulation de la décision du 20 décembre 2024.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. et Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret " Selon l'article D. 551-18 du même code : " " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 551-16, elle ne peut être prise que dans des cas exceptionnels. Cette décision prend effet à compter de sa signature. "

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. "

5. Si, en application des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration met fin au versement de l'allocation pour demandeur d'asile lorsque le demandeur ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, ces dispositions n'ont pas et ne sauraient avoir pour effet de priver du bénéfice des conditions matérielles d'accueil le demandeur d'asile dont la situation spécifique de personne vulnérable, au sens de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifie de le maintenir dans ce bénéfice.

6. En l'espèce, il n'est pas contesté par les requérants qu'ils n'ont pas adressé à l'OFII le certificat médical confidentiel destiné à être remis au médecin coordinateur de l'OFII, ainsi qu'ils avaient été invités à le faire lors de l'entretien du 19 novembre 2024 afin de déceler les éventuelles vulnérabilités médicales les concernant. Dans ces conditions, ces derniers ne peuvent être regardés comme ayant respecté les exigences des autorités chargées de l'asile.

7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C souffre d'une néphropathie diabétique, nécessitant un traitement par hémodialyse trois jours par semaine, ce qui constitue une maladie grave. Les requérants avaient adressé à l'OFII un certificat médical confidentiel attestant de cette pathologie au long cours le 29 août 2024. Par suite, ils sont fondés à soutenir que la décision de la directrice territoriale de l'OFII en date du 20 décembre 2024 mettant fin à leurs conditions matérielles d'accueil n'a pas pris en compte leur situation de vulnérabilité. Enfin, il ne ressort pas de la décision de l'OFII, muette sur ce point, qu'un examen particulier établirait le caractère exceptionnel de la situation personnelle des requérants justifiant qu'il soit mis fin aux conditions matérielles d'accueil tel que prévu par l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque, comme en l'espèce, le demandeur ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Dans ces conditions, l'OFII, en ne permettant plus aux requérants de bénéficier des conditions matérielles d'accueil, au motif, qu'ils n'ont pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, sans avoir suffisamment pris en compte leur situation particulière ni mesuré leur vulnérabilité, a fait une inexacte application des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C sont fondés à demander l'annulation de la décision du 20 décembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration leur a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions d'injonction sous astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

10. La présente décision implique nécessairement, eu égard au motif d'annulation retenu au point 7, que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration rétablisse les requérants dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 20 décembre 2024, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, sans qu'il soit besoin à ce stade de prononcer une astreinte.

Sur les frais du procès :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII, une somme en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Huard, avocat des requérants, qui ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

O R D O N N E

Article 1er : M. et Mme C sont admis provisoirement au bénéfice l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 20 décembre 2024 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir M. et Mme C dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 20 décembre 2024, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et Mme D E épouse C, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2025.

Le magistrat désigné,La greffière,

Mme Letellier Mme B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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