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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500277

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500277

vendredi 24 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500277
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir :

- l'arrêté du 4 janvier 2025 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France pendant 5 ans ;

- l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de supprimer son signalement du système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été pris au terme d'une procédure irrégulière dans la mesure où il n'a pas pu présenter au préalable ses observations ;

- le refus de délai de départ volontaire repose sur des motifs erronés et insuffisants pour prendre une telle décision ;

- la décision portant fixation du pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour en France n'est pas motivée ;

- le préfet de la Haute-Savoie n'a pas examiné sérieusement sa situation avant de prendre cette interdiction ou, subsidiairement, ne l'a pas examinée au regard des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la durée de cette interdiction est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'assignation à résidence n'est pas motivée ;

- les obligations de pointage qui lui sont imposées sont manifestement disproportionnées dans la mesure où il présente des garanties de représentation suffisantes.

Le préfet la Haute-Savoie a présenté un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2025, par lequel il conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Permingeat, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 615-2, L. 614-1, L. 911-1 et L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 janvier 2025, a été entendu le rapport de Mme Permingeat, magistrat désigné.

L'instruction a, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, été close à l'issue de ce rapport, à 14 h 41.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais, serait entré en France en janvier 2023. A la suite du dépôt d'une demande d'asile, il a été renvoyé en Espagne, Etat compétent pour l'examen de cette demande. L'intéressé est toutefois revenu en France où il s'est maintenu en situation irrégulière jusqu'à son interpellation par les services de la police nationale le 3 janvier 2025 pour des faits de violence conjugale. Dans la présente instance, il demande l'annulation pour excès de pouvoir des arrêtés du 4 janvier 2025 par lesquels le préfet de la Haute-Savoie, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit tout retour en France pendant 5 ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence.

Sur la demande l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Compte tenu de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au titre de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir :

3. Il ressort du procès-verbal produit par le préfet de la Haute-Savoie que lors de l'audition de M. A qui a eu lieu le 3 janvier 2025 à 17 h 45 et avait pour objet de vérifier son droit au séjour en France, les services de police lui ont expressément demandé s'il souhaitait porter à la connaissance de l'autorité préfectorale des éléments sur sa situation personnelle supplémentaires par rapport à ceux évoqués lors de cet interrogatoire. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français aurait été pris en méconnaissance de son droit à être entendu.

4. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré irrégulièrement en France, s'y maintient irrégulièrement depuis son retour d'Espagne puisqu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à invoquer le caractère erroné de ce motif, à lui seul suffisant, sur lequel le préfet de la Haute-Savoie s'est notamment fondé pour lui refuser un délai de départ volontaire. Il résulte par ailleurs des dispositions précitées qu'un étranger se trouvant dans une telle situation doit être regardé comme présentant un risque de soustraction à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, circonstance qui justifie un refus de délai de départ volontaire. Il en résulte que M. A n'est pas fondé à soutenir que la circonstance qu'il est entré et réside irrégulièrement en France ne peut légalement fonder le refus de délai de départ volontaire contesté. Les deux moyens correspondants doivent donc être écartés.

6. Si M. A indique avoir fui son pays d'origine en raison des conditions de vie dégradantes qu'il subissait auprès de son père et des craintes qu'il nourrit du fait de son orientation sexuelle et si ces affirmations sont corroborées par le témoignage de sa mère et de ses sœurs, interrogé par les forces de l'ordre lors de son audition du 3 janvier 2025 sur les motifs de son départ du Sénégal, il a simplement répondu vouloir " faire des études en France ". Par suite et en l'absence d'autres éléments produits par l'intéressé, la réalité des risques qu'il déclare encourir en cas de retour dans ce pays n'est pas établie. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance, par la décision fixant le pays de destination, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. L'arrêté en litige ne porte pas refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par cette prétendue décision, de l'article 8 de la même convention doit être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Il ressort de l'arrêté du 4 janvier 2025 que pour prononcer l'interdiction de retour en litige, le préfet de la Haute-Savoie a examiné la situation de M. A au regard des différents éléments mentionnés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation de cette décision, du défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant et de la méconnaissance de cet article doivent être écartés.

10. Comme exposé au point 6, les affirmations du requérant concernant ses conditions de vie au Sénégal et notamment les dissentions qui l'opposent à son père et les risques qu'il encourrait du fait de son orientation sexuelle ne sont pas établies. Il a par ailleurs vécu séparé de sa mère et de ses sœurs qui résident en France durant la grande majorité de sa vie. Il ne justifie donc pas de la nécessité qu'il allègue de revenir rapidement et régulièrement sur le territoire national, notamment pour y demander l'asile. Il en résulte qu'en lui interdisant tout retour pendant 5 ans, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

11. Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

12. L'assignation à résidence attaquée contient les considérations de fait et de droit qui la fondent. Elle satisfait ainsi à l'exigence de motivation qu'imposent les dispositions précitées.

13. M. A ne critique pas utilement le caractère disproportionné de l'obligation de pointage à laquelle il est soumise en invoquant le fait qu'il présente des garanties de représentation effective, cette circonstance lui permettant seulement d'être placé sous le régime de l'assignation à résidence plutôt que sous celui de la rétention administrative. Par suite, le moyen correspondant doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir ainsi que, par voie de conséquence, d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

15. Compte tenu de la qualité de partie perdante de M. A, les conclusions qu'il présente au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

F. PermingeatLe greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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