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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500293

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500293

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 janvier 2025 et le 29 janvier 2025, sous le n°2500310, la commune de Pierrelatte, représenté par Me Petit, demande au juge des référés :

1°) de mettre fin aux effets de la suspension de l'exécution de l'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le maire de la commune de Pierrelatte a prononcé la révocation de M. E, prononcée par l'ordonnance n°2409441 du 23 décembre 2024, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative ;

2°) de mettre à la charge de M. E la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- la matérialité des faits reprochés à M. E est établie, les faits sobt constitutifs de fautes au regard de l'article L. 121-1 du code général de la fonction publique, la sanction est proportionnée et la procédure a été respectée .

Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2025, M. E, représenté par Me Cunin, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit enjoint au maire de la commune de le réintégrer et reconstituer sa carrière dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard et à ce que soit mise à la charge de la commune de Pierrelatte une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la commune ne se prévaut d'aucun élément nouveau ;

- la condition d'urgence est remplie

- les éléments avancés par la commune ne sont pas de nature à justifier la mainlevée des mesures de suspension d'exécution.

II. Par une ordonnance n° 2409441 du 23 décembre 2024, le juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a notamment enjoint à la commune de Pierrelatte de procéder à la réintégration à titre provisoire de M. E dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Par une requête du 13 janvier 2025 enregistrée sous le n°2500293, M. E, représenté par Me Cunin, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) de liquider l'astreinte prononcée à hauteur de 700 euros à parfaire ;

2°) d'assortir l'injonction prononcée dans l'ordonnance n°2409441 d'une nouvelle astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pierrelatte une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les mesures d'exécution de l'ordonnance n°2409441 n'ont pas été mises en œuvre ;

- il y a lieu de liquider l'astreinte prononcée et de fixer une nouvelle astreinte de 1 000 euros par jour de retard afin que la commune exécute cette ordonnance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2025, la commune de Pierrelatte, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. E une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'il n'appartient pas au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative de liquider une astreinte et qu'aucune nouvelle demande d'injonction n'est formulée par le requérant.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n°2409441 du 23 décembre 2024.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 30 janvier 2025 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Masson, pour la commune de Pierrelatte ;

- celles de Me Cunin, pour M. D E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 5 novembre 2024, le maire de la commune de Pierrelatte a prononcé la révocation de M. E, adjoint technique de la commune de Pierrelatte depuis le 17 mars 1997. Par une ordonnance n°2409441 du 23 décembre 2024, le juge des référés a suspendu l'exécution de cet arrêté et enjoint à la commune de réintégrer M. E dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Par une requête enregistrée sous le n°2500310, la commune demande au juge des référés de mettre fin aux effets de la suspension de l'exécution, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative. Par une requête enregistrée sous le n°2500293, M. E demande au juge des référés de liquider l'astreinte prononcée à hauteur de 700 euros à parfaire et d'assortir l'injonction prononcée dans l'ordonnance n°2409441 d'une nouvelle astreinte de 1 000 euros par jour de retard, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

2. Ces requêtes présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.

Sur la requête n°2500310 :

3. L'article L. 521-4 du code de justice administrative permet au juge des référés, saisi par toute personne intéressée, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin, au vu d'un élément nouveau.

4. D'une part, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. A supposer même que l'aide de retour à l'emploi versée par la commune couvre partiellement la perte financière subie par M. E du fait de sa révocation, la commune reconnaît elle-même que ne sachant ni lire ni écrire la reconversion de M. E est plus qu'hypothétique. Par ailleurs, l'impact psychologique de cette décision sur un agent ayant travaillé 28 ans au sein de cette commune démontre également la situation d'urgence que la commune conteste. Enfin, aucun risque pour la sécurité des agents de la collectivité n'est établi en cas de réintégration de M. E. Ainsi, la commune n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause la condition d'urgence retenue par l'ordonnance n°2409441.

6. D'autre part, dans son ordonnance n°2409441, le juge des référés avait considéré que le moyen tiré de la disproportion de la sanction infligée à M. E était de nature à créer un douté sérieux sur la légalité de l'arrêté prononçant sa révocation.

7. Aucun des éléments mis en avant par la commune de Pierrelatte n'est de nature à démontrer que la sanction de révocation prise à l'encontre de M. E n'est pas disproportionnée. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative par la commune de Pierrelatte doivent par suite être rejetées.

Sur la requête n°2500293 :

En ce qui concerne la liquidation de l'astreinte :

8. D'une part, la liquidation de l'astreinte à laquelle procède le juge des référés se rattache à la même instance contentieuse que celle qui a été ouverte par la demande d'astreinte dont elle est le prolongement procédural. Dès lors, il appartient au juge des référés qui, par la même ordonnance prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut procéder à cette liquidation soit d'office, soit à la demande d'une autre partie s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées et les voies de recours ouvertes contre les ordonnances du juge des référés prononçant la liquidation d'une astreinte qu'il a lui-même prononcée sont celles ouvertes contre les ordonnances prononçant l'astreinte (en ce sens par exemple Conseil d'Etat, 13 juin 2016, APHP n°396691).

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de liquidation d'astreinte présentées par le requérant sont recevables.

10. D'autre part, l'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée.

11. La commune de Pierrelatte a accusé réception de l'ordonnance n°2409441 le 23 décembre 2024 et disposait de quinze jours pour réintégrer M. E. Au jour de la présente ordonnance la commune n'a entrepris aucune diligence pour assurer l'exécution de l'ordonnance du 23 décembre 2024. Dans ces circonstances, il y a lieu de liquider l'astreinte pour la période du 9 janvier 2025 au 12 février 2025 pour un montant de 3 500 euros au bénéfice de M. E, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative.

Sur les conclusions, présentées sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, tendant à la modification du taux de l'astreinte :

12. D'une part, la décision ordonnée par le juge administratif des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, revêt, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, un caractère exécutoire et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoire. Si l'exécution d'une ordonnance demeurée sans effet peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du code de justice administrative, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter les mesures ordonnées par le juge des référés par toute mesure destinée à assurer cette exécution. (En ce sens Conseil d'Etat, 15 novembre 2022, n°466827)

13. La fin de non-recevoir opposée par la commune à ce titre doit être écartée.

14. D'autre part, ainsi qu'il a été dit précédemment, la commune n'a pas exécuté l'ordonnance n°2409441 dans le délai imparti. Il y a donc lieu de modifier l'injonction prononcée et d'enjoindre à la commune de Pierrelatte de réintégrer M. E à réception de la présente ordonnance et d'assortir cette mesure d'une astreinte de 400 euros par jour de retard.

Sur les frais d'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. E, qui n'est pas partie perdante dans les présentes instances, une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de Pierrelatte et non compris dans les dépens.

16. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Pierrelatte le versement à M. E d'une somme de 2 000 euros au titre des deux instances visées, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :La commune de Pierrelatte est condamnée à verser la somme de 3 500 euros à M. E au titre de la liquidation de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n°2409441 du 23 décembre 2024 pour la période du 9 janvier 2025 au 12 février 2025.

Article 2 :Il est enjoint à la commune de Pierrelatte de réintégrer M. E à réception de la présente ordonnance, sous astreinte de 400 euros par jour de retard.

Article 3 :La commune de Pierrelatte versera à M. E une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions présentées par la commune de Pierrelatte au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Pierrelatte et à M. A C.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.

Le juge des référés,

J. B

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2500310 ; 2500293

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