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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500314

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500314

lundi 10 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKUMMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 janvier 2025 et le 27 janvier 2025, Mme D N'to épouse B, représentée par Me Kummer, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation et de prendre une décision explicite dans un délai d'un mois et dans l'attente, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction, l'autorisant à travailler ou une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 24 heures, le tout sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 960 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la décision n'a pas été motivée en dépit de la demande de communication des motifs ; le préfet devait saisir la commission du titre de séjour ; la décision méconnaît les articles L. 423-14 à L. 423-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2025, la préfète de l'Isère conclut au non-lieu à statuer.

Elle fait valoir qu'elle a délivré une attestation de prolongation d'instruction.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2500316.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 28 janvier 2025 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Kummer, pour Mme N'to.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme N'to provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension d'exécution :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

4. En l'espèce, la requérante fait valoir qu'alors qu'elle a été admise au regroupement familial et que son dossier de demande de titre de séjour n'a toujours pas été traité depuis juin 2024 et qu'elle est placée en situation irrégulière depuis août, date à laquelle son visa a expiré, alors qu'elle a relancé la préfecture à de très nombreuses reprises. Il est établi qu'elle est privée depuis lors de ses droits sociaux et n'a pu honorer la promesse d'embauche formulée par l'université Grenoble Alpes. Dans les circonstances de l'espèce, alors même que la préfète a en cours d'instance délivré une attestation de prolongation d'instruction, la condition d'urgence est remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite refusant la délivrance du titre de séjour à Mme N'to.

Sur les conclusions d'injonction :

6. La présente décision implique qu'il soit enjoint à la préfète de l'Isère de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme N'to dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Me Kummer, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er :Mme N'to est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère est suspendue.

Article 3 :Il est enjoint à la préfète de l'Isère de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme N'to dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 4 :L'Etat versera à Me Kummer une somme de 800 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à l'aide juridictionnelle.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme D N'to, à Me Kummer et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2025.

Le juge des référés,

J. C

La greffière,

E. Berot-Gay

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2500314

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