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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500457

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500457

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500457
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTERRASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 janvier 2025 et le 30 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Terrasson, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 6 janvier 2025 par lequel le préfet de la Drôme a prononcé l'expulsion de M. B du territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de renouveler le titre de séjour " vie privée et familiale " de M. B dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de supprimer toute mention de M. B du système d'information Schengen ;

4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 200 euros au titre de l'article de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient :

- que l'urgence est justifiée : il risque à compter de sa levée d'écrou le 15 février 2025 d'être expulsé à tout moment du territoire français alors qu'il réside en France depuis l'âge de 4 ans, c'est-à-dire il y a plus de 46 ans ;

- qu'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : la décision est entachée d'une irrégularité résultant de l'absence d'assistance du requérant par un conseil lors de la commission d'expulsion et la méconnaissance du principe général des droits de la défense, d'une irrégularité tirée du contenu erroné du bulletin de notification et d'une erreur de droit en l'absence de publicité des débats ; elle est entachée d'une irrégularité liée à la composition de la commission d'expulsion ; la décision est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ; la décision litigieuse méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2025, le préfet de la Drome conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 15 janvier 2025 sous le numéro 2500455 par laquelle M. B, représenté par Me Terrasson, demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 janvier 2025 à 14H00 :

- le rapport de M. Vial-Pailler.

- les observations de Me Terrasson représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit faire l'objet d'une appréciation globale.

2. Par ailleurs, selon l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'expulsion ne peut être édictée que dans les conditions suivantes : / 1° L'étranger est préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ; / 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative () / Le présent article ne s'applique pas en cas d'urgence absolue ". L'article L. 632-2 du même code dispose que : " La convocation mentionnée au 2° de l'article L. 632-1 est remise à l'étranger quinze jours au moins avant la réunion de la commission. Elle précise que l'intéressé a le droit d'être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et d'être entendu avec un interprète. ". Son article R. 632-3 prévoit que : " Sauf en cas d'urgence absolue, l'étranger à l'encontre duquel une procédure d'expulsion est engagée en est avisé au moyen d'un bulletin de notification. / Le bulletin de notification vaut convocation devant la commission d'expulsion mentionnée au 2° de l'article L. 632-2. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été convoqué devant la commission d'expulsion devant se réunir le 3 décembre 2024, par un bulletin de notification daté du 30 octobre 2024. Selon ce bulletin, le requérant a expressément manifesté sa volonté de se faire assister d'un avocat dans le cadre de la procédure d'expulsion. Pourtant, il ressort du procès-verbal de la commission d'expulsion que M. B n'a pas été assisté d'un avocat. Par suite, le moyen selon lequel la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance du principe général des droits de la défense, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 6 janvier 2025 par lequel le préfet de la Drôme a prononcé l'expulsion de M. B du territoire français.

4. Toutefois, ainsi que le fait valoir le défendeur, aucune décision fixant le pays de renvoi n'a été prise par le préfet de la Drôme. Il en résulte que l'arrêté portant expulsion du territoire français dont le requérant fait l'objet ne peut pas être mise à exécution, une telle exécution étant subordonnée à la fixation du pays à destination duquel il doit être éloigné. Dans ces circonstances, la condition d'urgence prévue par les dispositions rappelées au point n° 1 ne peut être regardée comme remplie.

5. Dès lors que la condition d'urgence n'est pas remplie, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 janvier 2025, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de M. B dirigées contre l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, à Me Terrasson et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Drome.

Fait à Grenoble, le 30 janvier 2025.

Le juge des référés,

C. Vial-Pailler

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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