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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500626

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500626

vendredi 11 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPIEROT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble (7ème Chambre) a rejeté la requête de Mme F, ressortissante congolaise, qui contestait l'arrêté du 5 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Isère lui avait fait obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et de méconnaissance du droit d'être entendu, estimant que la procédure avait été régulière. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, confirmant ainsi la légalité de la mesure d'éloignement. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la convention européenne des droits de l'homme et la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 janvier 2025, Mme B F, représentée par Me Pierot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou une attestation de demandeur d'asile en procédure normale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été prise sans procédure contradictoire préalable en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été prise à la suite d'un examen complet de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lefebvre, rapporteur,

- et les observations de Me Cans, substituant Me Pierot, représentant Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante congolaise née le 29 avril 1999, déclare être entrée en France le 15 novembre 2023 en vue d'y demander l'asile. Sa demande d'asile déposée le 8 décembre 2023 a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 22 mai 2024 que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 octobre 2024. Par l'arrêté attaqué en date du 5 décembre 2024, la préfète de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A C, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, qui bénéficiait en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E D, d'une délégation de signature accordée par la préfète de l'Isère par arrêté du 25 novembre 2024, régulièrement publié le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté

3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

4. Lorsqu'un étranger présente une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, il est informé par l'autorité administrative, en application des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la possibilité qui lui est ouverte de solliciter son admission au séjour à un autre titre et des conséquences de l'absence de demande sur un autre fondement, au nombre desquelles figure, en application de l'article L. 611-1 du même code, l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français. Il suit de là qu'en sollicitant son admission au titre de l'asile, la requérante, qui ne soutient pas que la préfète de l'Isère aurait manqué à son obligation d'information, ne pouvait ignorer, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui tendait à son maintien en France, qu'en cas de refus elle pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Elle a eu tout loisir, au cours de l'instruction de sa demande d'asile, de faire valoir auprès de l'autorité préfectorale les arguments susceptibles de faire échec à une éventuelle mesure d'éloignement. Ainsi, la préfète de l'Isère n'était pas tenue de mettre en œuvre une nouvelle procédure contradictoire avant d'édicter l'obligation de quitter le territoire français contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de fait et de droit qui le fondent, quand bien même il ne mentionne pas tous les éléments de fait dont Mme F entend se prévaloir. Par suite, il satisfait à l'exigence de motivation qu'imposent les articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si cet arrêté ne mentionne pas la présence sur le territoire français du 3ème enfant de la requérante, né après le dépôt de sa demande d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait porté cette information à la connaissance de la préfète de l'Isère. Ainsi, il ne ressort pas des termes de cet arrêté ni des pièces du dossier qu'avant de prendre les décisions contestées, la préfète de l'Isère aurait omis de procéder à un examen effectif de la situation de la requérante.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

7. D'une part, si Mme F se prévaut de sa durée de séjour en France et de la présence à ses côtés de ses trois enfants âgés respectivement de 7 ans, 4 ans et 10 mois, ce dernier né en France, il ressort des pièces du dossier qu'elle est entrée sur le territoire le 15 novembre 2023, à l'âge de 24 ans, et qu'elle ne dispose d'aucune attache sur le territoire où elle n'a séjourné que treize mois dans l'attente de l'examen de sa demande d'asile. Il ressort en revanche des pièces du dossier qu'elle a passé l'essentiel de sa vie en République démocratique du Congo.

8. D'autre part, Mme F fait valoir qu'elle risque de subir des traitements inhumains en cas de retour dans son pays d'origine dès lors qu'elle a fait l'objet de plusieurs viols et d'une tentative d'assassinat à la suite de son refus de devenir la maitresse du gouverneur de Kinshasa, que son compagnon a été gravement blessé et a disparu de l'hôpital où il avait été pris en charge. Néanmoins, les pièces versées à l'instance, et notamment le certificat médical qui se borne à reprendre les dires de la requérante et à énoncer que les cicatrices présentées corroborent son récit, sont insuffisantes pour attester de la réalité des allégations de la requérante et notamment de l'incapacité des autorités de la République démocratique du Congo (RDC) à assurer sa protection. En outre, l'arrêté attaqué n'a pas pour effet de la contraindre à retourner à Kinshasa. Au surplus, sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile le 3 octobre 2024.

9. Ainsi, en obligeant Mme F à quitter le territoire français et en fixant la RDC comme pays de destination, la préfète de l'Isère n'a pas porté au droit de celle-ci au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. La préfète n'a pas non plus méconnu les stipulations de l'article 3 de cette même convention, pas plus que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En cinquième lieu, pour les motifs indiqués aux points précédents, Mme F n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Isère aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. En dernier lieu, l'illégalité de la décision obligeant Mme F à quitter le territoire français n'étant pas démontrée, le moyen tiré de l'illégalité par voie de conséquence de la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, à Me Pierot et à la préfète de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2025.

Le rapporteur,

G. LEFEBVRE

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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