lundi 3 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2500699 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DJINDEREDJIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2025 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demandé d'asile ;
2°) d'enjoindre le réexamen de sa situation et l'autoriser à présenter sa demande d'asile ;
3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à son profit au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnait l'article 4 du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'a pas reçu les informations obligatoires, notamment les brochures d'information A et B en langue française, la traduction en langue soussou n'existant pas ;
- il méconnait l'article 18 du règlement UE n° 604/2013 ; en effet, sa demande d'asile a été rejetée par les autorités allemandes et il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire allemand sans pouvoir rencontrer un avocat et exercer un quelconque recours à l'encontre tant du refus d'asile que de la procédure d'éloignement ;
- la préfète devra justifier avoir saisi les autorités allemandes le 31 décembre 2024 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18 du règlement ; les articles 23 et 25 du règlement UE n° 604/2013 sont méconnus ;
-l'arrêté attaqué méconnait l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme eu égard à sa relation sérieuse avec une compatriote qui constitue une circonstance exceptionnelle de nature à justifier que la France décide d'examiner sa demande de réexamen de protection internationale, même si cet examen ne lui incombe pas ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La préfète du Rhône a présenté un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2025, par lequel elle conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ban, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 615-2, L. 614-1, L. 911-1 et L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 31 janvier 2025, a été entendu le rapport de M. Ban, magistrat désigné.
L'instruction a, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, été close à l'issue de ce rapport.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1990, déclare être entré en France irrégulièrement le 24 octobre 2024. Il a sollicité l'asile en France le 17 décembre 2024. La consultation du fichier Eurodac a révélé qu'il avait déjà sollicité l'asile en Allemagne le 15 juin 2022. La préfète du Rhône a pris, le 16 janvier 2025, un arrêté ordonnant la remise de l'intéressé aux autorités allemandes. M. A demande l'annulation de cette décision.
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu remettre en langue française, le 17 décembre 2024, les deux brochures d'information A " j'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " en langue française qu'il ne comprend pas. Il ressort du compte-rendu de l'entretien individuel du 17 décembre 2024 et il n'est pas contesté par le requérant que le contenu de ces brochures lui a été expliqué en langue soussou, que M. A a déclaré comprendre, par l'intermédiaire d'un interprète appartenant à un organisme agréé. Ainsi, il doit être regardé comme ayant bénéficié des informations requises par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () b) reprendre en charge () le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; () d) reprendre en charge, (), le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre. () 2. () Dans les cas relevant du champ d'application du paragraphe 1, point d), lorsque la demande a été rejetée en première instance uniquement, l'État membre responsable veille à ce que la personne concernée ait la possibilité ou ait eu la possibilité de disposer d'un recours effectif en vertu de l'article 46 de la directive 2013/32/UE ".
5. Le requérant ne peut utilement invoquer le bénéfice du paragraphe 2 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 au soutien de ses conclusions à fin d'annulation, dès lors que ces dispositions, relatives aux obligations de l'État désigné responsable en vertu de ce règlement en application des a), b) ou d) du 1. de son article 18, qui est en l'espèce l'Allemagne, n'imposent aucune obligation à l'État membre requérant et sont sans incidence sur la légalité de la décision de transfert.
6. En troisième lieu, il ressort de pièces produites par la préfète du Rhône que la requête de reprise en charge a été adressée aux autorités allemandes le 31 décembre 2024 et leur accord explicite est intervenu le 7 janvier 2024. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision de transfert serait entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des articles 23 et 25 du règlement n°604/2013 doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1 chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par le 1. de l'article 17 du règlement n°604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
8. Pour soutenir que la préfète aurait dû faire application de la clause discrétionnaire, M. A soutient qu'il vit en concubinage avec une compatriote qui est sous attestation de demandeur d'asile en procédure Dublin pour avoir franchi irrégulièrement l'Espagne, pays responsable de sa demande d'asile et que l'application des critères de la détermination de l'Etat responsable aura pour effet de les séparer.
9. Toutefois, la relation de concubinage dont il se prévaut, de moins de trois mois à la date de la décision en litige, ne peut être regardée comme une relation stable justifiant qu'il soit dérogé aux règles de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'asile du requérant. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. En cinquième et dernier lieu, pour les motifs exposés au point précédent, la décision en litige ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 16 janvier 2025 de la préfète du Rhône est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Djinderedjian et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2025.
Le magistrat désigné,
JL. BanLa greffière,
A. Alonso-Belmonte
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026