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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500773

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500773

mardi 22 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAARPI AD'VOCARE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait un arrêté préfectoral du 25 mars 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté, ce dernier bénéficiant d'une délégation de signature régulière. Il a également jugé que le moyen fondé sur l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et les articles L. 421-1, L. 421-5 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était pas fondé. En conséquence, la requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 janvier 2025 et le 28 février 2025, M. A B, représenté par Me Demars, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) - à titre principal : d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement à intervenir ;

- à titre subsidiaire : d'enjoindre au préfet de la Drôme de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité administrative incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité administrative incompétente ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2025, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hamdouch, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 1er janvier 1997, est entré sur le territoire français en février 2021 sous couvert de son passeport en cours de validité et d'un permis de séjour portant la mention " étudiant " valable du 25/01/2021 au 30/09/2023. Il a sollicité le 23 janvier 2024 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 421-1, L. 421-5 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 mars 2024 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture de la Drôme, qui dispose d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 14 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 3 de l'accord franco-marocain susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles ". Aux termes du premier alinéa de l'article 9 de ce même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. Portant sur la délivrance des catégories de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B justifie d'une activité professionnelle en intérim d'octobre 2021 à janvier 2023 en qualité d'ouvrier polyvalent, puis d'avril 2023 à septembre 2023 en qualité d'ouvrier de production soit moins de deux ans à la date de la décision attaquée et produit une lettre adressée au préfet de la Drôme datée du 15 mars 2024 par laquelle le gérant de la société Cewi indique avoir l'intention de l'embaucher, sous un contrat à durée déterminée, pour un emploi dans le domaine du nettoyage de locaux. Toutefois, l'expérience professionnelle et la promesse d'embauche dont se prévaut M. B, ne constitue pas, à elle seule, un motif exceptionnel susceptible de révéler que le préfet de la Drôme aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle en refusant, dans l'exercice de son pourvoir de régularisation, de lui accorder un titre de séjour en qualité de salarié.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

8. L'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, et comporte les principaux éléments relatifs à la situation de M. B, notamment en ce qui concerne sa situation administrative, professionnelle et familiale en relevant qu'il est célibataire et sans enfants à charge, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où y résident sa mère, deux frères et une sœur et ne justifie pas de liens d'ordre amical. La décision portant obligation de quitter le territoire français est ainsi suffisamment motivée.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision accordant un délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En second, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été signée par une autorité administrative incompétente doit être écarté pour le même motif que celui énoncé au point 2.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que M. B est de nationalité marocaine et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français. Il énonce ainsi, de ce seul fait, les considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision fixant le pays de renvoi en cas de reconduite d'office à l'issue du délai de départ volontaire. Dès lors, cette décision est régulièrement motivée.

13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. La présente décision, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par Me Demars, avocat de M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Demars et au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- M. Hamdouch, premier conseiller,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2025.

Le rapporteur,

S. Hamdouch

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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