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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501005

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501005

lundi 3 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501005
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKORN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2025, Mme B de H L G, agissant en son nom propre et au nom de ses enfants mineurs C F H E, I F H D, J F H L G et K F H L G, représentée par Me Korn, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision de la préfète de l'Isère ayant fixé une date tardive pour l'enregistrement de leurs demandes d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère d'enregistrer leurs demandes d'asile dans un délai de trois ouvrés, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle et à verser à elle-même dans le cas contraire.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée dans la mesure où elle est privée avec ses enfants du bénéfice des conditions matérielles d'accueil alors que pèse sur l'Etat une obligation de résultat quant au respect des délais d'enregistrement des demandes d'asile et qu'en tout état de cause, sa famille est dans une situation de particulière vulnérabilité ;

- en différant l'enregistrement des demandes d'asile et en les privant du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la préfète de l'Isère porte une atteinte grave aux libertés fondamentales que constituent le droit d'asile, le respect de la dignité humaine consacré par l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'intérêt supérieur des enfants garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- cette atteinte est manifestement illégale dès lors que l'administration méconnaît l'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en intervention enregistré le 3 février 2025, l'association Accueil Demandeurs d'Asile (ADA) demande au tribunal de faire droit aux conclusions de la requête.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- elle n'a pas porté une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et notamment son préambule ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 février 2025, en présence de M. Morand, greffier :

- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,

- les observations de Me Korn, représentant Mme B de H L G, et celles de Mme A, représentant l'ADA.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'intervention de l'association Accueil demandeurs d'asile :

1. L'association Accueil Demandeurs d'Asile justifie d'un intérêt suffisant au prononcé de l'injonction demandée. Ainsi, son intervention au soutien de la requête formée par Mme B de H L G est recevable.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. L'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'enregistrement de la demande d'asile " a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande à l'autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation. Toutefois, ce délai peut être porté à dix jours ouvrés lorsqu'un nombre élevé d'étrangers demandent l'asile simultanément ".

4. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que seules les personnes ayant enregistré leur demande d'asile sont susceptibles de bénéficier des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, la privation du bénéfice de ce dispositif en raison d'un délai d'enregistrement de la demande d'asile qui excède les délais légaux mentionnés au point précédent peut conduire le juge des référés à faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, lorsqu'elle est manifestement illégale et qu'elle comporte en outre des conséquences graves pour le demandeur d'asile.

5. Il résulte de l'instruction que Mme B de H L G, ressortissante angolaise née en 1990, est entrée en France le 15 janvier 2025, accompagnée de ses quatre enfants mineurs, et s'est présentée le 21 janvier au bureau de l'association ADATE, en charge du premier accueil des demandeurs d'asile. Il lui a été remis cinq convocations à un rendez-vous à la préfecture de l'Isère pour l'enregistrement de sa demande d'asile et de celles de ses enfants le 14 mars 2025. Mme B de H L G soutient, sans être sérieusement contredite alors que ses allégations sont par ailleurs corroborées par le mémoire en intervention de l'association ADA, qu'elle a pu bénéficier d'un accueil de nuit durant une semaine, exceptionnellement prolongé d'une semaine supplémentaire, mais qu'elle se retrouve désormais sans situation d'hébergement. La préfète de l'Isère ne peut décemment soutenir que la requérante ne justifierait pas d'une situation de vulnérabilité alors que ses quatre enfants sont âgés de 15 ans, 8 ans, 3 ans et 4 mois. Si elle soutient que le retard à enregistrer la demande d'asile de la requérante résulterait de ce que la capacité maximale de gestion des flux de demandes d'asile par ses services a été atteinte, elle ne fait pas état de difficultés conjoncturelles ni d'un accroissement récent et significatif du nombre des demandes d'asile. Dans ces conditions, Mme B de H L G est fondée à soutenir que le retard mis dans l'enregistrement des demandes d'asile, en ce qu'il prive les membres de sa famille du droit à solliciter le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans le délai fixé par la loi, comporte pour elle des conséquences graves et porte une atteinte manifestement illégale au droit d'asile, sans que la préfète de l'Isère ne puisse utilement faire valoir que l'octroi des conditions matérielles d'accueil ne revête pas un caractère automatique.

6. Eu égard à la situation de vulnérabilité de la requérante et de ses enfants et de la date du rendez-vous qui leur a été fixé, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Isère de fixer un rendez-vous à Mme B de H L G et à ses enfants pour l'enregistrement de leurs demandes d'asile dans le délai de trois jours ouvrés suivant la notification de la présente ordonnance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Eu égard à l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme B de H L G, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Korn renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Me Korn. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B de H L G par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à cette dernière.

O R D O N N E :

Article 1er : L'intervention de l'association ADA est admise.

Article 2 : Mme B de H L G est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de fixer un rendez-vous à Mme B de H L G et ses quatre enfants pour l'enregistrement de leurs demandes d'asile dans le délai de trois jours ouvrés suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B de H L G à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Korn une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B de H L G par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à cette dernière.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B de H L G, à Me Korn et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 3 février 2025.

Le juge des référés,

V. L'HÔTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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