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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501287

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501287

mardi 24 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBLANC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 9 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a estimé que le droit d'être entendu de M. B n'avait pas été méconnu et que la décision d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution s'appuie notamment sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constatant l'entrée irrégulière et le défaut de titre de séjour de l'intéressé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2025, M. B, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2025 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de faire procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi sur l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

- l'arrêté méconnaît son droit à être entendu ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'erreur de fait ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mars 2025, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Vial-Pailler a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, déclare être entré irrégulièrement en France le 22 février 2024. Le 8 janvier 2025, il a été placé en garde à vue pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis correspondant à la catégorie et d'usage de permis de conduire faux ou falsifié. Le 9 janvier 2025, le préfet de la Haute-Savoie a édicté à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour de deux ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence à statuer sur la requête présentée par M. B, il y a lieu d'admettre celui-ci, à titre provisoire, au bénéfice de l 'aide juridictionnelle.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

3. En premier lieu, il ressort du procès-verbal produit en défense que M. B a été mis en mesure de faire valoir ses observations avant l'adoption de la décision attaquée. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure en litige et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision contestée. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". En l'espèce, il est constant que M. B ne peut justifier être entré régulièrement en France et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il entrait ainsi dans le cas où, en application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Savoie pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français.

5. En deuxième lieu, M. B soutient que la décision attaquée viole le droit au respect de sa vie privée et familiale, alors qu'il vit en concubinage avec sa compagne depuis le mois d'octobre 2024, qu'il fait preuve d'une bonne insertion professionnelle et qu'il n'a conservé que peu de liens avec son pays d'origine. Toutefois, il ne justifie pas de la réalité de sa relation, au demeurant très récente. En outre, la circonstance qu'il exerce une activité de technicien de fibre optique ne suffit pas à justifier d'une intégration particulière sur le territoire français. Enfin, M. B ne serait présent en France que depuis moins d'un an, alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans dans son pays d'origine. S'il soutient que l'un de ses frères réside en France, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où résident ses autres frères, sa sœur, ainsi que sa mère. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

7. Il résulte de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Savoie a refusé d'accorder au requérant un délai de départ volontaire aux motifs que l'intéressé constituerait une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la présente décision en application de l'article L. 612-3 précité. Ainsi qu'il a été dit au point 4, il est établi par les pièces du dossier que M. B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Pour ce seul motif, qui n'est pas entaché d'erreur de fait, le préfet de la Haute-Savoie pouvait légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, et il ressort des pièces du dossier qu'elle aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur ce motif. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner si le préfet pouvait également fonder sa décision sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des 4° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. Il ressort des termes de la décision contestée que la situation de M. B a été appréciée au regard de l'ensemble des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen la situation du requérant doivent être écartés.

11. M. B ne fait pas état de circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Compte tenu de sa situation, exposée au point 5, la décision d'interdiction, dont la durée est limitée à 2 ans, ne méconnaît pas les termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Blanc et à la préfète de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 1er avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Fourcade, première conseillère,

M. Villard, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2025.

Le président, rapporteur,

C. VIAL-PAILLER

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

F. FOURCADE Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2501287

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