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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501326

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501326

vendredi 21 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2025, M. B A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2025 (n° 2025-GT-063) par lequel la préfète de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2025 (n°2025-GT-063B) par lequel la préfète de l'Isère l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de supprimer son signalement du système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les arrêtés attaqués sont insuffisamment motivés ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le droit d'être entendu ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention de New-York du 26 janvier 1990 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision l'assignant à résidence est entachée d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur de fait ;

- la décision l'assignant à résidence est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pollet, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a, au cours de l'audience publique du 21 février 2025, présenté son rapport et entendu les observations de Me Huard, représentant M. A. Il soutient par ailleurs que l'assignation à résidence est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à la détermination du lieu de présentation, éloigné de son domicile.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence à statuer sur la requête présentée par M. A, il y a lieu d'admettre celui-ci, à titre provisoire, au bénéfice de l 'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les textes dont elle fait application et en énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, alors que la décision fait état de la prise en considération d'éléments propres à la situation de M. A, aucun élément du dossier ne permet d'établir que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation.

4. En troisième lieu, il ressort du procès-verbal du 5 février 2025 que, lors de son audition par les services de la police aux frontières, M. A s'est exprimé sur les conséquences d'une éventuelle décision préfectorale ordonnant son éloignement du territoire français, de sorte qu'il a été mis à même de présenter ses observations. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été empêché de présenter des observations pertinentes qui auraient pu avoir une influence sur le contenu de la décision d'éloignement avant que cette décision ne soit prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

6. M. A expose qu'il est entré en France il y a plus d'un an à la date de la décision attaquée, que son épouse et ses enfants résident en France et que son épouse est enceinte de sept mois à la date de la décision attaquée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que son épouse est en situation irrégulière. Par ailleurs, il n'apporte pas la preuve qu'il serait dépourvu de lien personnel dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie. En outre, la décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer les deux enfants mineurs de leur père. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer hors de France. En outre, si les deux enfants sont scolarisés en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette scolarisation ne pourrait pas se poursuivre en Algérie. Par suite, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée de méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant et d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

8. A l'appui de sa requête, M. A produit un certificat établi le 7 février 2025 par une sage-femme, mentionnant que son épouse est enceinte de 30 semaines. Si ce certificat est postérieur à la date de la décision attaquée, il révèle toutefois une situation antérieure relative à la grossesse avancée de son épouse, dont le requérant avait déjà fait état lors de son audition par les services de la police aux frontières réalisée antérieurement à la décision attaquée. Au regard des circonstances particulières présentées par M. A, et quand bien même il existerait un risque que l'intéressé se soustrait à la décision portant obligation de quitter le territoire français, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, la préfète de l'Isère a méconnu les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ".

10. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour justifier le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français, la préfète de l'Isère s'est fondée uniquement sur l'absence de délai de départ volontaire. Dès lors, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

11. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que M. A a été assigné au " 29 rue Edmond Rostand à Grenoble ". Toutefois, il ressort de l'attestation d'hébergement transmise par l'intéressé qu'il réside au " 29 rue Edmond Rostand à Saint-Martin-d'Hères ". Par suite, il est fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence est entachée d'erreur de fait. Ainsi, la décision portant assignation à résidence doit être annulée.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, d'interdiction de retour sur le territoire français et d'assignation à résidence doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. En application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il est enjoint à la préfète de l'Isère de supprimer le signalement de non admission M. A dans le système d'information Schengen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 6 février 2025 (n°2025-GT-063) est annulé en tant qu'il refuse l'octroi d'un départ volontaire et qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français.

Article 3 : L'arrêté du 6 février 2025 (n°2025-GT-063B) est annulé.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de supprimer le signalement aux fins de non-admission de M. A dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Huard et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2025.

La magistrate désignée,

MA POLLET

La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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